Critique

Stephen King's Doctor Sleep

 
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Stanley Kubrick’s The Shining 2

Mike Flanagan réussit à la fois une adaptation fidèle du roman de Stephen King et une suite au film de Stanley Kubrick dans un exercice de prestidigitation pertinent.

Il vaut mieux avoir vu The Shining de Stanley Kubrick avant de se plonger dans cette suite car le film de Mike Flanagan y fait directement référence et s’intéresse aux différences fondamentales qui existent entre le roman de Stephen King et le film du réalisateur de Barry Lyndon. Et ce dès les premières scènes où l’on voit le jeune Danny Torrance se confier au fantôme de Dick Halloran pour trouver un moyen de ne pas trop être dérangé par les créatures de l’Overlook Hotel. Halloran meurt dans le film sous les coups de hache de Jack Torrance alors que dans le roman, c’est lui qui sauve Danny et sa mère Wendy. Donc, Danny trouve un peu répit grâce à son ami cuisinier. Devenu adulte (Ewan McGregor), il glisse sur la même pente dangereuse que son père en devenant alcoolique.

Avant de toucher le fond il se reprend en mains en suivant une cure de sevrage. Il retrouve un travail dans un établissement hospitalier où il aide des gens en fin de vie à passer de l’autre côté le plus sereinement possible, secondé par un chat, qui comme chacun sait, est un animal psychopompe. Un soir dans son appartement, il est contacté par Abra Stone (la révélation Kyliegh Curran), une jeune fille douée du même don que lui. Ils communiquent en s’écrivant des messages sur le mur de Danny qui ressemble à un immense tableau noir. Abra le met en garde contre une secte de sept illuminés qui pensent pouvoir atteindre l’immortalité en se nourrissant de l’aura des gens qui possèdent le Shining. Son appel à l’aide fait écho chez Danny. Ensemble ils vont tout faire pour mettre fin aux agissements immondes de Rose the Hat (Rebecca Fergusson) et sa famille de tarés. Et l’Overlook Hotel semble être l’endroit parfait pour lui tendre un piège définitif. Et c’est là une nouvelle différence cruciale entre le roman, où le bâtiment finissait en cendres, et le film, où il restait intacte, et existe donc encore au moment des faits du film de Flanagan.

Le réalisateur et scénariste adapte fidèlement le roman de Stephen King avec ses nombreux défauts et fautes de goût, mais prend des libertés pour coller au chef-d’oeuvre de Stanley Kubrick qui est l’une des références les plus imposantes du cinéma d’horreur. C’est diablement malin et cela donne un long métrage tout à fait particulier par sa touche nostalgique au film de 1979. Dans son roman Doctor Sleep, Stephen King, qui n’est pas toujours le roi de la subtilité, accumule pas mal de maladresses, parfois à la limite de la niaiserie, que Flanagan restitue avec une grande révérence: tout le décorum autour de la secte meurtrière, par exemple, avec cette concrétisation pour le moins fumeuse de l’aura des gens atteints du Shining, qui tient plus de l’artifice à la Twilight que d’une allégorie de la perfidie des sectes. Cela donne des effets spéciaux un peu enfantins, à la limite du risible mais en tout cas en plein dans la faute de goût. Mais, là où King utilisait la suite de son livre comme prétexte à une charge contre les sectes en bonne et due forme, le long métrage de Flanagan le suit parfaitement et la séquence avec Jacob Tremblay d’une cruauté abjecte rend parfaitement hommage aux propos de l’écrivain et à sa volonté non dissimulée de combattre les modes de vie sectaires et leurs croyances toutes plus indéfendables les unes que les autres. 

Flanagan reste fidèle à l’intrigue du roman de King et rend un vibrant hommage au film de Kubrick. Et grâce à ce tour de force équivalent à de la prestidigitation, il fait revivre le long métrage de 1979. On retrouve ses personnages, ses décors, ses ambiances, ses musiques avec en point d’orgue le Dies Irae tiré de la Symphonie fantastique d’Hector Berlioz et ses angoisses les plus profondes.

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