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Thalasso

 
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Cure de délires

Guillaume Nicloux fait se rencontrer Michel Houellebecq et Gérard Depardieu dans un film malin, cynique et jubilatoire.

Guillaume Nicloux est un cinéaste iconoclaste qui ose. L’an dernier, il nous plongeait dans un film de guerre particulièrement éprouvant, Les Confins du monde, où la folie régnait en maître dans les forêts d’Indochine. Dans son nouveau long métrage, il invite deux monstres, Michel Houellebecq et Gérard Depardieu, pour une cure de thalassothérapie délirante du début à la fin, sans ne jamais laisser son récit patiner ou sortir de la route.

Tout commence avec Michel Houellebecq qui laisse sa jeune compagne à la réception de l’Hôtel les bains de Cabourg pour commencer un traitement drastique fait de cryothérapie et autres joyeusetés propres à ce genre de cure. Evidemment, il n’a pas choisi d’être ici et déteste profondément l'exercice. Il doit subir une batterie de soins qui sont pour lui aussi agréables que les pires tortures et suivre un régime sévère lui interdisant la bonne chère. Et pire que tout, il n’a pas le droit de boire de l’alcool et de fumer, même à l’extérieur de l’établissement. C’est d’ailleurs en grillant une cigarette en cachette qu’il est abordé par Gérard Depardieu. Contrairement à lui, ce dernier est là par choix et par envie. Il l’invite dans sa chambre car, comme il le dit lui-même, il a des cartouches, à savoir des bouteilles de vin à profusion.

Dès lors, on assiste à des joutes verbales jouissives entre ces deux personnages hors normes qui, pour passer le temps comme ils peuvent, abordent tous les sujets et ont un avis sur tout: politique, hémorroïdes par le biais du cyclisme, cirrhose par un gag purement Depardieu: «T’as pas de cirrhose? Ben oui, y a que les gens qui boivent qu’ont des cirrhoses, c’est normal.» ou sexualité par cette réflexion de Houellebecq quand Depardieu lui demande s’il pratique encore la position dite du 69: «Oh moins! J’aime pas trop finalement. Tu sais, c’est vachement difficile je trouve d’agir et de ressentir en même temps.» Le film est truffé de perles de cet acabit et c’est un vrai bonheur car on ne sait pas si les comédiens jouent des rôles où s’ils profitent de ce film ovni pour se dévoiler. Et c’est la technique personnelle de Guillaume Nicloux de filmer ses scènes avec quatre caméras tournant en permanence qui permet ce résultat étonnamment vivant. Les comédiens peuvent se donner à coeur joie à leur art et multiplier les prises de vue uniques.

Le récit prend une nouvelle tournure quand l’un des ravisseurs de Houellebecq, Mathieu, tout droit sorti du film L’Enlèvement de Michel Houellebecq du même Guillaume Nicloux qui date de cinq ans, débarque à l’Hôtel. Sa mère âgée de huitante ans vient de quitter son mari sans donner de nouvelles depuis et, comme il sait qu’elle et Houellebecq sont restés en étroit contact, il se demande si Michel est au courant de quelque chose. Cela donne de savoureuses rencontres car les trois autres kidnappeurs déboulent pour éviter que le mari ne pète les plombs. Si on ajoute à cela une star hollywoodienne du film d’action qui hante les lieux, une très bonne musique de Julien Doré et un final en forme de mise en abîme en parfaite symbiose avec le délire qui précède, on obtient un objet cinématographique remarquablement impertinent et parfaitement jubilatoire.

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