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Ad Astra

 
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Seul

Cinéaste au parcours sans faute, James Gray utilise la science-fiction pour signer un immense film sur la solitude.

Victime d’un accident de travail sur une immense antenne spatiale dont il ressort indemne, le Major Roy McBride (Brad Pitt), astronaute de son état, est convoqué par sa hiérarchie. Depuis quelques temps, la Terre est victime d’événements comme des incendies ou des accidents d’avions à répétition. Les supérieurs de Roy pensent que l’origine de ce phénomène, baptisé la surcharge, pourrait être l’expédition qui avait été confiée à son père, le Docteur H. Clifford McBride (Tommy Lee Jones). Ce dernier avait pour mission de prouver une existence extra-terrestre mais son vaisseau ne communique plus depuis qu’il a atteint les confins de Neptune, il y a plus de quinze ans. Malgré la certitude que son paternel est mort depuis longtemps, Roy accepte de s’y rendre afin de résoudre ce problème. Il entreprend son long voyage accompagné du vétéran Thomas Pruitt (Donald Sutherland), superviseur de cette nouvelle expédition.

James Gray respecte des faits scientifiques avérés comme le silence de mort absolu qui règne au-dessus de nos têtes et rend hommage aux plus grands films de science-fiction à commencer par le maître-étalon du genre, 2001 L’Odyssée de l’espace. Comme dans le chef-d’oeuvre de Stanley Kubrick, la première étape du voyage de Roy et Thomas s’avère être la lune. Ils s’y rendent grâce à une compagnie privée qui facture 125 dollars une couverture et un oreiller. Le satellite naturel de la Terre est déjà colonisé par le grand capital et on trouve au terminal des vaisseaux les enseignes familières d’un vendeur de sandwichs ou d’une compagnie de transport de colis. Non seulement ces clins d’oeil permettent aux producteurs de concrétiser un produit de placement bienvenu, mais ils servent aussi pertinemment le réalisateur dans son propos ironique quant à la marchandisation de la lune, renvoyant directement aux délires actuels des Musk et autre Branson qui veulent faire de cet astre leur nouveau terrain de jeu commercial. Dans Ad Astra, ce territoire est devenu l’objet de convoitise comme le montre la magnifique scène d’action dans laquelle les véhicules amenant Roy à sa base de lancement pour Mars sont attaqués par des pirates. Le long métrage imagine par là que, malgré, ou plus justement, à cause de son évolution technologique, l’être humain d’un futur pas si éloigné n’évolue guère et perpétue les mêmes erreurs que sur Terre actuellement.

En plus d’être une radiographie ad hoc sur l’esprit humain et son évolution, Ad Astra est un très grand film sur la solitude grâce à son personnage principal incarné par un Brad Pitt en état de grâce. Dès le début de son odyssée, Roy est confronté à une solitude quasi palpable comme a chaque fois qu’il doit passer un test d’évaluation psychologique confidentielle, condition sine qua non pour passer d’une étape à l’autre de son voyage. Il se retrouve d’ailleurs assez rapidement seul dans l’univers à la recherche d’un père qu’il croit sincèrement mort. James Gray nous invite à entrer dans les pensées de son personnage grâce à l’outil de la voix off, parfaitement utilisée et justifiée. On découvre que Roy n’incarne pas le héros monolithique à l’américaine. Le réalisateur de Lost City of Z nous expose ses angoisses les plus profondes, ses interrogations, se penchant sur sa condition d’homme, d’un point de vue autant personnel qu’universel. Brad Pitt donne vie à Roy en lui prêtant une droiture, une simplicité et une modestie parfaitement en adéquation avec ce personnage magnifique qui voyage aussi bien dans l’espace que dans son esprit. Il nous offre un jeu tout en retenue d’une puissance qui force le respect.

Si on ajoute à toutes ces qualités, une batterie d’effets visuels tous plus remarquables les uns que les autres une photographie somptueuse due au talent de Hoyte Van Hoytema, une musique parfaitement cosmique signée Max Richter et une scène d’horreur hors norme, on obtient l’un des meilleurs longs métrages de cette année et la preuve que James Gray est autant à l’aise dans les rues de New York, la forêt amazonienne que dans l’infinité de l’espace.

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