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Le Daim

 
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Gloire au blouson

Le Daim est une fable fantastique sur la gloriole que recherchent vainement bon nombre de personnes prêtes à tout pour se faire vulgairement remarquer: un des pires maux du millénaire.

Georges (Jean Dujardin) s’arrête dans une station de repos au bord d’une route. Il s’évertue sans succès à essayer de faire disparaître sa veste en l’enfonçant du mieux qu’il peut dans une cuvette de toilette qui finit, logiquement, par déborder.

C’est ainsi que l’on fait la connaissance du protagoniste principal du nouveau film de l’inclassable Quentin Dupieux. On retrouve cet être profondément solitaire dans un paysage montagneux. Il vient s’offrir un blouson à franges en daim qu’il a repéré dans une petite annonce. Il paie l’objet une fortune qui se chiffre en milliers d’euros. Dans un geste commercial, le vendeur lui adjoint une petite caméra numérique dont il n’a aucune utilité. Georges a désormais un nouvel ami: sa veste. Il se loue une chambre dans un hôtel de la région. Le soir, avant de s’endormir, il teste sa caméra en filmant son blouson et ce dernier lui répond.

Dès lors, Le Daim passe allègrement et pertinemment dans le registre du fantastique pur car le vêtement de Georges, d’accessoire, devient un personnage à part entière, même si l’objet s’exprime avec la voix de Georges et pourrait résumer le film à une simple évocation de la schizophrénie. Ensemble, ils élaborent un plan particulièrement tordu: il n’y aura sur terre plus d’autres blousons que sa veste en daim et tout sera permis pour y parvenir. Georges se fait passer pour un cinéaste en repérage afin de concrétiser sa nouvelle mission qui va vite se muer en balade meurtrière. 

A travers ce récit fantastique original, Quentin Dupieux s’interroge sur l’une des pires maladies du millénaire: se faire à tout prix remarquer en croyant naïvement que le gloire sera au rendez-vous. C’est Georges qui incarne l’ensemble de ses gens perdus et souvent sans grande personnalité, pensant que la quantité est devenue désormais gage d’un quelconque talent. Jean Dujardin le fait avec une déconcertante maestria et un naturel confondant. Il ne cherche aucunement la banale empathie entre Georges et les spectateurs. Il plonge corps et âme dans cet homme mal à l’aise et, par plusieurs aspects, parfaitement imbuvable. Il réussit si brillamment à le percer que l’on voit magistralement la folie des grandeurs de Georges, mâtinée d’une hypothétique volonté de rédemption, se muer en pérégrination suicidaire. Adèle Haenel représente elle ce que l’on appelle un troll sur les réseaux sociaux. Denise, son personnage, conforte et pousse Georges dans sa folie par ennui de son existence terne. Elle devient sa première fan et par conséquent l’élément qui complaît Georges dans son délire malsain.

Quentin Dupieux ose même encore aller plus loin en faisant de son film une fable morale comme l’atteste radicalement la chute abrupte de son récit: tout geste inconvenant que l’on dissimule trop souvent facilement sous le couvert d’un humour plus que douteux finit par se payer.

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