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Guy

 
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"Le temps détruit tout" nous disait le film de Gaspar Noé, Irréversible. Le dernier long-métrage d'Alex Lutz semble nous dire la même chose. Sans exagérer, on peut voir dans Guy le positif du film de Noé, en cela qu'il en constitue le pendant lumineux.

A travers l'histoire d'une ancienne gloire de la variété française (Guy Jamet, incarné par Lutz), Guy développe un propos bouleversant autour du temps qui passe, le film baignant dans une mélancolie à la fois douce et acide, bien souvent proustienne dans ses intentions (A la recherche du temps perdu n'est pas loin). Acceptant d'être le sujet d'un documentaire filmé par son propre fils dont il ignore l'existence, Guy Jamet va se retrouver face à son passé, son fils légitime, son amour de jeunesse et sa gloire désormais derrière lui.

Se déroulant de nos jours, le film propose plusieurs retours dans les années 70, ces dernières étant restituées avec un réalisme et une crédibilité bluffantes. Ainsi notamment des séquences à la Maritie et Gilbert Carpentier que l'on croirait tout droit sorties des archives de l'INA. Impossible également de ne pas relever la qualité de la bande originale, les chansons proposées (spécialement créées pour le film) semblant avoir toujours existé tant elles nous rappellent tout un pan de la variété française de l'époque. Le tube fictif "Dadidou" en est l'exemple parfait, et restera longtemps dans les mémoires.

Par ailleurs, l'incroyable prestation d'Alex Lutz (jusqu'aux mouvements de bouche de son personnage principal !) justifie totalement le César du meilleur acteur qu'il a récemment remporté. D'une crédibilité qui touche au génie, le comédien strasbourgeois confirme qu'il est incontestablement le meilleur de sa génération. Son jeu, empreint d'une finesse et d'une intelligence rares, fait incontestablement partie des plus impressionnants vus récemment sur un écran.

Mais la grande force de Guy, c'est son propos bouleversant sur la course du temps, la mémoire et la finitude de toute chose. A ce titre, le monologue final est absolument déchirant de tristesse et de beauté, en un mot, de poésie. Et il résonnera inévitablement au plus profond de chacun d'entre nous.

On pourra simplement regretter que le postulat de la mise en scène (l'histoire est filmée sur le mode du documentaire, bien souvent caméra à l'épaule) ne permette pas une réalisation plastiquement plus soignée qui aurait sublimé l'ensemble.

Mais cette réserve n'entâche en rien la réussite de ce film qui s'impose comme l'un des plus beaux que nous ait offert le cinéma français depuis longtemps.

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