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Sibyl

 
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Du féminisme 2.0 bobo intello

Après le bien trop surestimé Victoria, Justine Triet signe une nouvelle fois un film pseudo féministe car beaucoup trop bourgeois dans son approche. Sa sélection officielle à Cannes restera longtemps une grande énigme.

Ce film est bourré de clichés sur le monde du cinéma, de la psychiatrie et de la bourgeoisie que l’on croirait tirés d’articles des pires magazines féminins, ceux qui prétendent défendre la femme tout en étalant des témoignages dont le nombrilisme n’a d’équivalent que la vacuité du propos tenu, et des pubs pour des produits qui n’ont que pour vocation de faire de la femme un objet. Bref un long métrage pile dans la mode actuelle de ces revendications irréfléchies qui aboutissent paradoxalement à l’effet inverse qu’escompté par une incompréhension totale du problème initial. C’est sans doute la raison majeure qui a dû valoir à Sibyl sa sélection officielle à Cannes: ça et Virginie Efira sur les marches du tapis rouge.

On croit rêver quand on lit sur un site d’information à succès que le film de Justine Triet est réussi car: «Pour que les choses bougent, il faut aussi réfléchir à la manière dont les femmes sont filmées. Souvent objectifiées, filmées dans des habits moulants ou dénudées sans raison, les femmes ont longtemps été ramenées à leur physique au cinéma (et cela se produit toujours dans de nombreux films). Mais dans Sibyl, ces femmes entières et réalistes, qui ne sont pas là pour le plaisir d'un regard masculin, se baladent en pull, en jean, sans soutien-gorge, ou encore sans maquillage.» On a alors juste envie d’apprendre son métier à l’auteure de cette assertion en lui rappelante que c’est le cas dans quasiment tous les films de Lars von Trier depuis trois décennies. On a préféré taxé gratuitement et injustement le cinéaste danois de misogyne plutôt que de voir que son cinéma était l’un de ceux qui abordaient le mieux la complexité de la féminité.

Parce que franchement, ce Sybil à travers ses personnages caricaturaux sans dimension romanesque aucune (l’acteur joué par Gaspard Uiliel est gratiné dans son imagerie de beau gosse immature), ses situations abracadabrantes (Sybil est psi pour adultes et enfants) et sa boboïtude à peine déguisée (on a rarement vu une évocation de plateau de tournage aussi peu crédible et risible), ne fait que surligner tout ce qui peu irriter dans cette vision de la femme soit-disant libérée 2.0. On a droit à une belle brochette de têtes-à-claques qui se dilatent dans des problèmes existentiels et futiles qu’elles se créent elles-mêmes. Pire, on a l’impression qu’elles en sont fiers et revendiquent leur manière inconsistante de voir et comprendre la vie. Là où le film devient plus que pénible c’est dans sa volonté de vouloir l’ancrer dans un réalisme quotidien et banal. Mais cette fausse réalité n’est que l’imagination de gens vivant dans un monde qui justement ne la comprend pas et ne la comprendra jamais car ils ne savent pas faire avec ou l’appréhender, préférant sans cesse la modeler à leur image sans savoir comment, ni pourquoi. Bref la réalité de celles et ceux qui se prennent la tête pour se prendre la tête et viennent oser claironner qu’ils sont incompris.

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