Critique

Jumpman

 
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Le prix du choix

Avec son troisième long métrage après le fabuleux Zoologiya présenté aussi au Bellevaux, Ivan I. Tverdovsky s’intéresse à un phénomène de société russe à travers une fable moderne d’une très grande force évocatrice.

Récupéré par sa mère qui l’avait abandonné à sa naissance, Denis, seize ans, se retrouve au coeur d’une arnaque qui s’inscrit dans les plus hautes sphères de sa ville. Il devient la fausse victime d’une machine corrompue parfaitement huilée pour faire passer à la caisse des notables savamment triés sur le volet. Sa mère qui n’avait quasiment jamais pris la peine de venir le trouver dans son orphelinat, devient tout à coup sa meilleure amie. Elle lui achète des vêtements et le loge dans une chambre privative d’un appartement luxueux. Elle pousse même le vice à la limite de l’inceste. Mais Tverdovsky fait très attention à ne jamais sombrer dans l’abjecte gratuit grâce à Denis qui tient le rôle de la dernière once d’honnêteté qui existe dans un univers entièrement pourri par l’argent et des adultes dénués de tout scrupule. Le jeune homme est l’image pertinente de l’innocence confrontée au capitalisme le plus vulgaire. Son apprentissage ne lui apportera rien de bénéfique et il refusera de se faire manipuler car lui seul possède encore un minimum d’humanité.

Tverdovsky privilégie les plans longs et les scènes peu découpées comme savait si bien le faire Stanley Kubrick pour obliger son spectateur à regarder ce qu’il propose. On est a mille lieues de la diversion que provoquent artificiellement les trois plans à la seconde devenus l’un des mètres-étalons des plus gros succès commerciaux de nos jours. Son cinéma est brut et sans fioriture tout en trouvant une esthétique très personnelle. Les scènes de tribunal sont à la fois très drôles et profondément tragiques. Il s’octroie même l’audace d’un passage onirique d’une beauté et d’une violence incroyable parfaitement placé pour évoquer les tourments de Denis. Le cinéaste russe de tente-et-un ans fait preuve d’une maturité artistique et intellectuelle peu banale en seulement trois longs métrages. Une nouvelle fois il prouve à quel point il est un directeur d’acteurs impeccable qui parvient à obtenir de ces comédiens l’essence même des personnages extrêmes qu’il a inventés: les deux dernières scènes terribles entre Denis et sa mère en sont le parfait exemple. Dans Jumpman, il se sert d’un phénomène de société russe qui veut que désormais chaque conducteur possède une caméra dans sa voiture pour filmer la route devant lui, afin d'en faire une oeuvre poétique brute et sans concession qui s’intéresse au choix dans son sens le plus général.

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