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Us (Nous)

 
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Bons, mauvais et vice et versa

Après un premier film d’horreur parfaitement pertinent, Get Out, Jordan Peele se fourvoie dans une veine pseudo philosophique nébuleuse qui pèche par orgueil et naïveté.

Us qui est à la fois la traduction de nous et l’abréviation de United States (of America of course) part pourtant assez bien. Une famille afro-américaine passablement aisée dont la mère a subi un traumatisme dans sa jeunesse (c’est à la fois l’ouverture assez classique d’un film d’horreur et la conclusion sous forme d’une révélation poussive n’apportant rien à l’ensemble, bien au contraire) passe des vacances dans leur propriété secondaire au bord d’un plan d’eau. On ne compte plus les films d’épouvante bons ou mauvais qui utilisent ce décor. Un soir donc, les Wilson voient débarquer chez eux leurs doubles maléfiques parfaitement identiques à part la voix d’outre-tombe assez risible de la mère et leur manières vicieuses de jouer avec leur victimes et sans doute les nerfs des spectateurs. Mais cela ne prend pas et on est assez vite indifférents aux malheurs de ces pauvres Wilson. Pire, quand il arrive la même chose à leur voisins caucasiens, c’est l’humour qui prend le relais et finit de nous détacher complètement des faits relatés.

L’idée des doubles malveillants, pourquoi pas, mais ils auraient gagné à n’être démoniaques que par leur nature et non par des explications et justificatifs qui font sombrer le film dans une sorte de très mauvais trip complotiste cherchant sans cesse à relancer un récit qui n’a finalement pas grand chose à exposer. On se retrouve une nouvelle fois dans les recettes du film qui essaie péniblement d’imiter un jeu vidéo en ne tablant que sur des effets de manche.

Tout ce qui faisait l’essence et l’excellence du très malin Get Out qui traitait, sous le prisme du fantastique, l’histoire de l’esclavagisme où chaque détail avait son importance et sa raison d’être, tombe complètement à plat ici. On bourre le film de symboles lourdingues comme des lapins pour évoquer sans finesse une espèce invasive, ou des masses de gens dépeints comme des robots ou des résultats d’expériences obscures et impérialistes, sombrant dans les pires pièges que la science-fiction commerciale et anxiogène engendre depuis quelques années. On a beau chercher, mais on ne comprend pas où le film veut nous amener, si ce n’est de conclure que, quel que soit le côté où l’on se trouve, on est tous mauvais ou manipulés. C’est là le défaut principal du film: il n’y a aucun parti pris pertinent. On est sans cesse secoué d’un bord à l’autre. C’est surexplicatif là où cela ne le mérite aucunement et opaque là où on aimerait avoir un point de vue.

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