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Us (Nous)

 
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Le premier film de Jordan Peele, Get Out, avait fait forte impression il y a deux ans en proposant une réflexion sur le racisme sous les atours d'un film d'horreur insidieux et extrêmement intelligent. Avec Us, le cinéaste investit à nouveau le genre en y développant des thématiques passionnantes qui travaillent l'esprit (et le corps) bien après la projection.

Il est difficile de parler du film sans en révéler la teneur et sans en spoiler la fin. Disons simplement qu'à travers l'histoire de cette famille américaine qui un beau soir d'été rencontre son double dans l'allée de sa maison de vacances, Jordan Peele développe une réflexion politique et sociale d'une pertinence rare, partant de l'individuel (la famille) poursuivant sur le national (voir le titre à double sens) pour aboutir in fine sur l'universel. Investissant le cadre du home invasion, le metteur en scène propose une mise en scène d'une beauté plastique admirable, dépassant de loin celle déjà pourtant remarquable de Get Out. Peele sait où placer sa caméra et surtout pourquoi (voir à ce titre le plan en plongée suivant la famille sur la plage, chacun de ses membres projetant son ombre menaçante sur le sable). Dans Us, la forme crée bien souvent le fond, marque indéniable des grand réalisateurs. Blindé d'indices et d'éléments a priori insignifiants mais qui prendront tout leur sens plus tard (les lapins, la VHS de C.H.U.D., la chaîne humaine, entre autres), et ponctué de séquences inoubliables (la scène de danse, le dernier plan), Us est à la fois malaisant, sensitif et réflexif. Car bien plus qu'un film d'horreur lambda, il travaille le spectateur en profondeur, crée le malaise et le place face à son propre refoulé. Du grand art.

Impossible enfin de passer outre un casting irréprochable, à la tête duquel Lupita Nyong'o enterre la concurrence en un seul film. Sa prestation, d'une force et d'une émotion rares, restera longtemps dans les mémoires.

En revanche, là où Get Out parvenait à créer un équilibre quasi-parfait entre l'horreur et l'humour, Us désamorce à quelques reprises la situation dramatique qui se joue sous nos yeux en y injectant un humour qui n'y avait pas sa place. On pourra aussi regretter un monologue final explicatif trop verbeux dont le contenu aurait pu être suggéré par l'image et la mise en scène.

Mais ces quelques réserves sont finalement peu de choses face à un film dont le  propos social (rehaussé par un twist final qui met la tête à l'envers), la beauté formelle et le sens du rythme imposent Jordan Peele comme l'un des cinéastes contemporains les plus importants.

"L'enfer, c'est les autres" disait Sartre. Us pourrait presque s'inscrire comme un codicille de cette assertion en affirmant que le monstre, c'est nous.

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