Critique

Glass

 
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Toute la filmographie de M. Night Shyamalan est travaillée par l'idée de la foi. A ce titre, Incassable (son chef d'oeuvre) s'inscrivait pleinement dans cette thématique. Puissante réflexion sur l'idée que le bonheur ne peut passer que par la connaissance de notre rôle dans la société, le film constituait une oeuvre d'une émotion rare tout en proposant au spectateur de réfléchir à sa propre condition. Brillant. Sa suite (ne se révélant comme telle que dans ses ultimes secondes), Split, bien qu'inférieur à son prédecesseur, continuait de développer les thématiques chères à son auteur. Avec Glass, Shyamalan achève sa réflexion et la propulse in fine vers une issue totalement inattendue.

Malheureusement, cela ne se passe pas sans heurts. Ainsi, le film souffre de tunnels de dialogues qui n'en finissent pas, tuant dans l'oeuf l'émotion et plaçant bien souvent le spectateur dans l'attente d'une émotion, d'une tension, qui n'arrive jamais. Les échanges entre la psychiatre et les trois protagonistes principaux se répètent ad lib, jusqu'à un trop-plein dont on ne sait comment le film pourrait parvenir à se relever.

Par ailleurs, de trop nombreuses scènes exposant les diverses personnalités du personnage de James McAvoy ne semblent exister que pour mettre en avant la performance de l'acteur (voir à ce titre la technique des flashes de lumière lui permettant de passer d'une personnalité à l'autre en un claquement de doigts).

Globalement, et malgré une mise en scène comme toujours très maîtrisée chez l'auteur de Signes et du Village ainsi qu'une poignée de séquences réussies (l'introduction, la fête foraine, notamment), le film avance péniblement. Et pourtant. Shyamalan conservait le meilleur pour la fin.

Maître dans l'art du twist, le réalisateur nous sert en fin de métrage un double revirement de situation, mettant d'une part en lumière la véritable nature du personnage de la psychiatre et surtout, propulsant son propos ni plus ni moins vers une réflexion sur le sens de nos vies, la foi en soi et l'affirmation de chacun d'entre nous dans un monde totalement apathique. Difficile d'en dire plus sans spoiler. Sachez simplement que la scène finale de la gare restera longtemps dans les mémoires.

Alors certes, Glass n'est pas la conclusion en apothéose que l'on pouvait espérer. Certes, le film souffre de bien nombreux défauts. Mais l'issue du long-métrage, justifiant et validant tout ce qui aura précédé, l'inscrit dans une réflexion unique et suffisamment singulière pour que l'on s'y attache.

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