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Le Grand Bain

 
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Deuxième long-métrage mis en scène par Gilles Lellouche (exception faite du segment qu'il réalisa pour Les Infidèles), Le Grand Bain est une vraie réussite qui confirme un talent certain pour dépeindre l'existence et sa propension à contrarier notre bonheur. Ou comme l'explique le personnage de Mathieu Amalric en introduction du film, la difficulté à faire entrer un rond dans un carré, et réciproquement.

En dressant le portrait amoché d'un groupe de quadras-quinquas qui se lance dans le championnat du monde de natation synchronisée masculine, Gilles Lellouche livre une histoire dont le point de départ très sombre (les personnages sont en proie au chômage, à de lourds problèmes familiaux, à une insatisfaction professionnelle, notamment) s'ouvre peu à peu à la lumière au fur et à mesure que les protagonistes croient à leur projet et se battent pour y parvenir. En cela, le film possède une structure émotionnelle remarquable, montant peu à peu en crescendo et en intensité pour exploser littéralement dans une issue très émouvante.

Doté de dialogues proches de la perfection (voir à ce titre le monologue de Marina Foïs dans un supermarché, moment absolument jubilatoire), d'un casting irréprochable et d'une réalisation de haute volée (malgré 2-3 scories), Le Grand Bain se paye le luxe de développer la quasi-totalité de ses personnages en profondeur, alors que l'écueil du film choral est justement d'en sacrifier certains au détriment des autres. Ce n'est pas le cas ici, et l'émotion qui se dégage de ces hommes au bord de la rupture est amenée avec une finesse rare.

Et malgré un début un peu lent à la détente et une tendance de Gilles Lellouche à trop lécher son image à coups de lens flare ou de lumière inondant les personnages, Le Grand Bain constitue une comédie extrêmement réussie, d'un optimisme salvateur (bien que conscient de son caractère fugace) qui re(donne) espoir en la vie. Même si celui-ci peut n'être qu'éphémère.

Car comme le dit Mathieu Amalric, on peut faire entrer un rond dans un carré. Et réciproquement. Ou tout le paradoxe de la vie, résumé en une petite phrase...

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