Critique

Kokoschka : Oeuvre-Vie

 
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Voyage personnel en «Kokoschkie»

Michel Rodde nous invite à suivre le parcours extraordinaire du peintre Oskar Kokoschka dans un film qui possède plusieurs niveaux de lecture, mêlant de manière ludique et astucieuse les événements les plus marquants de la vie de l’artiste et son oeuvre, en les faisant interagir constamment.

Il y’a plusieurs manière d’aborder un artiste. On peut s’arrêter à son oeuvre et au ressenti que celle-ci provoque en chacun de nous. On peut être poussé à vouloir comprendre ce qui a bien pu la faire naître en s’intéressant à l’homme créateur derrière elle. Et on peut se passionner pour l’être humain en étudiant l’intégralité de son existence et de ses actes. Le cinéaste Michel Rodde a opté pour les trois façons et son film fait parfaitement ressortir qu’il s’est plongé tout entier dans le corps et l’esprit du peintre autrichien. Grâce à une construction particulièrement bien dosée entre biographie, correspondance, reconstitution historique et oeuvres, il nous livre un film singulier qui rend autant hommage à l’artiste qui lui sert de matériau de base qu’à sa fascination pour l’homme et son art.

On découvre dans son long métrage un être ivre de vie qui cherche à bousculer ses spectateurs pour les sortir de leur carcan imposé par une bourgeoisie monolithique, en usant à juste titre de la provocation. Et plus la vie, qui peut être une parfaite charogne, s’acharne contre lui (il frôle la mort à plusieurs reprises), plus son oeuvre ose, faisant exploser les frontières de la convention la plus étriquée et passéiste, soit l’inverse totale d’un art vivant et résistant. Son audace plaît ou non mais elle a le mérite de na pas laisser indifférent. Découvrir un homme pareil fait plus que du bien à l’heure où même l’art semble se laisser dépasser par des algorithmes se contentant de recracher dans un ordre différent tout ce qui a déjà été façonné par l’art et ses créateurs depuis le début. Kokoshka est la réponse salvatrice au triomphe de la médiocrité devenue modèle dans nos civilisations occidentales peureuses et repliées sur elles-mêmes, ayant fait de leur partisans dévots des entités parfaitement égocentrées, se moquant parfaitement de ce qui les entoure si cela dérange leur petit confort.

Loin de ces angoisses existentielles malsaines pour ne pas dire malhonnêtes, Kokoschka fut un grand voyageur et le film de Michel Rodde le suit dans ses pérégrinations toutes plus hors normes les unes que les autres, passant d’un champ de bataille où une balle faillit l’emporter lors de la Première Guerre Mondiale, à l’Angleterre où une bombe nazie le manqua de peu lui et son modèle, les laissant quitte d’une frayeur que le peintre détourna grâce à son sens de l’humour indéfinissable. Le cinéaste fait le portrait d’un humaniste qui décida un jour d’ouvrir une école d’art en dehors de tous les sentiers battus de la pédagogie. Ce fut d’ailleurs le but du premier périple en Europe du jeune David Lynch, admirateur de l’oeuvre de Kokoschka, mais les aléas du voyage l’empêchèrent de concrétiser son projet et le ramenèrent plus vite que prévu dans son Amérique natale. C’est peut-être là que réside le mystère Kokoschka, faisant de l’homme et de son art une nature qu’il est quasiment impossible de saisir concrètement. Michel Rodde ose nous livrer ses déambulations en «Kokoschkie» et il le fait entre tendresse pour l’humain et passion pour ses créatures.

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