Critique

La Forme de l'eau

 
Critique par |

La muette et le triton

Comment un conte aussi niais cousu de tout ce qui plaira au plus grand nombre en faisant bien attention de ne blesser personne, peut-il réunir la cinéphilie actuelle dans son ensemble?

Le dernier film d’auteur de Guillermo del Toro souffre du syndrome d’Amélie Poulain et, c’est bien connu dans les civilisations occidentalisées, les malades attirent la sympathie, l’empathie de salon et font vendre des best sellers souvent indigestes, tant ils dégoulinent de bons sentiments et de la fameuse sacro-sainte émotion, celle censée et fabriquée pour faire pleurer n'importe qui, condamnant ceux qui ne s’y vautrent pas à des termes comme sans coeur, etc.

The Shape of Water part très mal au son de la musique très peu inspirée du pourtant talentueux Alexandre Desplat qui lorgne d’office vers des intonations franchouillardes à grand renfort d’accordéon. Puis, on fait la connaissance de l’héroïne à laquelle on est obligé de s’identifier, Elisa Esposito (Sally Hawkins) qui, en plus d’être muette n’est pas, comme disait Pierre Mortez dans Le Père Noël est une ordure: «… moche mais n’a pas un physique facile, c’est différent.» Elle a pour voisin un membre d’une communauté devenue intouchable et travaille comme femme de ménage dans un laboratoire américain où l’on pratique des expériences inavouables classifiées top-secret. Sa collègue est représentée par un personnage tout en bonhommie issu lui aussi d’une minorité. Au moment où les Russes ont mis sur orbite la chienne Laïka, les Américains planchent sur un programme d’habitation dans l’espace. Eilsa découvre alors qu’une créature, ressemblant à un triton, capturée dans un lagon d’Amérique du Sud par un scientifique à l’égo et à la soif de pouvoir surdimensionnés (Michael Shannon que l’on a vu bien plus convaincant), est l’objet d’expériences brutales de ce fameux programme. D’abord fasciné par cet être différent comme elle, elle s’en amourache et décide de lui venir en aide.

Bien sûr, la mise en scène et tout l’aspect technique et artistique du film possèdent ce qu’il faut pour rendre l’objet beau et agréable à regarder, mais de loin pas au point de crier au génie. Mais tout ceci est au service d’un conte à la fois moderne et rétro (ah la nostalgie, autre valeur sûre très à la mode des réseaux sociaux) mille fois raconté depuis la nuit des temps de manière beaucoup moins niaise. Le récit agace par sa volonté de vouloir plaire à tout le monde en caricaturant ses personnages conçus pour défendre ce qu’ils représentent, communauté afro-américaine, LGBT, handicapés, etc. C’est facile et manichéen au possible, cela ne fait aucune vague, c’est propret, cela ne destabilise jamais, c’est lisse et plat, et ce n’est pas la nature divine de la créature ni les références pour cinéphiles qui viennent sauver quoi que ce soit à cette histoire des plus cul-cul. Le sort réservé à chacun est on ne peut plus dans la même veine et les méchants seront jugés et condamnés. Et là on se dit que ce long métrage tient beaucoup plus du ringard que de la modernité. On finit rapidement par s’y ennuyer ferme et on trouve incompréhensible qu’il soit autant sollicité et récompensé.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

Dans le même sujet...

 

La Forme de l'eau

Critique par |