Critique

La Forme de l'eau

 
Critique par |

L’amour de la lagune noire

Le cinéaste mexicain évoque ses obsessions habituelles avec un conte époustouflant, émouvant et très cinéphile.

Il y a deux ans, on avait retrouvé Guillermo del Toro au cinéma avec Crimson Peak, un thriller gothique visuellement fascinant mais inspiré d’un type de cinéma décalé pas toujours compatible avec les sensibilités plus classiques du réalisateur mexicain. Le voilà donc de retour avec ce qui pourrait même être son plus beau film: The Shape of Water, un croisement carrément magique entre La Belle et la bêteL’Etrange Créature du lac noir et l’atmosphère paranoïaque de l’Amérique des années 60 (le récit est situé en 1962).

Le ton féérique est présent d’emblée, avec une voix over sur des images de chambres submergées qui mentionne une histoire d’amour, une princesse sans voix et un monstre. La princesse, c’est Elisa (Sally Hawkins), une femme muette qui vit avec l’artiste au chômage Giles (Richard Jenkins). Elle travaille dans un centre de recherche du gouvernement américain comme femme de ménage, aux côtés de l’amie Zelda (Octavia Spencer). Un jour, un agent nommé Strickland (Michael Shannon) débarque avec une étrange créature (Doug Jones, acteur-fétiche du réalisateur, caché sous un maquillage impressionnant comme d’habitude). Un lien va se créer entre deux personnes apparemment incapables de communiquer de façon normale, alors que les USA et l’Union Soviétique ont des projets pour l’homme amphibien (dont les bruits sont, d’après le générique de fin, produits par del Toro lui-même).

Loin des inspirations japonaises de Pacific Rim et des fantômes décevants de Crimson Peak, del Toro revient aux origines avec un véritable conte, qui assume complètement son côté romantique véhiculé à travers un hommage sincère à une époque pas si lointaine que ça (les propos de certains personnages rappellent les Etats-Unis aujourd’hui), un mélange touchant de magie et de sang, et une lettre d’amour au cinéma, non seulement au niveau du design de la créature qui fait carrément penser à Jack Arnold (avec des éléments d’Abe Sapien, joué par Jones dans les deux Hellboy), mais aussi par le biais d’un vrai usage de la machine cinématographique, notamment dans un interlude musical tellement beau qu’il sera difficile de sortir de la salle sans pleurer de joie.

Si l’histoire d’amour marche, c’est grâce à la sensibilité narrative du cinéaste, mais aussi au couple le plus bizarrement adorable de 2017. Hawkins, qui se fit remarquer en 2008 pour son énergie débordante dans Happy-Go-Lucky, livre ici une prestation basée sur la soustraction, avec une éloquence jouissive cachée dans son silence. Jones, comédien parfois sous-estimé en raison de son lien avec le cinéma de genre, est encore plus notable avec un travail très humain qui apparaît clairement derrière les yeux d’une créature beaucoup moins monstrueuse que le méchant, effrayant et formidable, incarné par Shannon. Entendra-t-on ces noms, ainsi que celui du film, dans le cadre de la saison des prix en 2018? On l’espère vivement, car il est très rare de voir un hommage au septième art qui soit aussi lui-même une sublime leçon de cinéma. 

En savoir plus sur Max Borg

Dans le même sujet...

 

La Forme de l'eau

Critique par |

CONCOURS Gagnez des goodies et des places pour aller voir le film

Participer