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Downsizing

 
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                                                       Ant-Matt

Le cinéaste américain aborde pour la première fois la science-fiction avec un récit satirique très intéressant mais pas entièrement abouti.

Alexander Payne n’avait pas écrit un scénario original depuis Citizen Ruth, son premier long métrage sorti en 1996 (Nebraska, de 2013, est signé par Bob Nelson), et il n’avait pas collaboré avec son partenaire d’écriture habituel, Jim Taylor, depuis Sideways (2004). C’est donc un double retour qui a lieu avec la sortie de Downsizing, qui a également été choisi pour inaugurer la 74e Mostra de Venise, où il a aussi été présenté en compétition.

L’élément satirique se cache déjà dans le titre, une expression utilisée en anglais pour indiquer des licenciements au sein des entreprises. Ici il s’agit aussi d’une stratégie avec des motivations financières, mais il n’est pas question de virer les gens. En fait, des scientifiques norvégiens ont trouvé le moyen de réduire la taille physique des humains, ce qui a un double avantage: ça réduit les dépenses démesurées, et ça aide au niveau du problème de la surpopulation. Un des individus qui accepte de se soumettre à cette procédure est Paul Safranek (Matt Damon), qui découvrira assez rapidement les effets moins positifs de ce nouveau style de vie.

Payne, habitué à un autre genre d’histoires plus "petites", aborde les conventions de la SF avec une bonne dose de talent et d’humour, en se servant de trucages subtils pour construire des gags parfaitement cohérents avec sa vision cinématographique du monde, qui est imaginé cette fois comme étant littéralement en train de finir. L’ambition est débordante, et souvent très bien placée dans des séquences qui illustrent, sans faute, l’impossibilité de rendre l’univers un endroit trop différent (voir le personnage de Christoph Waltz, sublimement caricatural).

Et pourtant, cette même ambition dépasse un peu ses limites dans la deuxième partie d’un film qui, aussi intéressant qu’il soit, ne justifie pas 135 minutes de durée. Alors que la satire cède la place à un côté plus prêcheur qui s’éloigne passablement de l’absence de sentimentalisme que l’on associe traditionnellement à Payne, le récit garde quand même un "petit" centre d’intérêt dans la prestation de Damon, qui obéit au titre et évite de surenchérir au niveau du jeu tandis que tout ce qui l’entoure part dans toutes les directions. C’est chaotique, mais aussi drôle et plutôt intelligent. De plus, vu le climat socio-politique actuel, la prémisse n’est peut-être pas si farfelue que ça...

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