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Mise à mort du cerf sacré

 
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                                                Les fautes du père

Après The Lobster, le cinéaste grec Yorgos Lanthimos signe son deuxième long métrage en langue anglaise, toujours avec Colin Farrell dans le rôle principal. Les mythes d’antan sont mis à jour avec des inspirations pasoliniennes, mais le résultat est agaçant dans sa recherche constante de la provocation. 

Il y a une atmosphère malsaine qui traverse The Killing of a Sacred Deer du début à la fin, en commençant par un plan assez explicite d’une opération cardiaque. Plutôt normal, car il s’agit du cinéma de Yorgos Lanthimos, le Grec qui cherche depuis toujours à atteindre les points du comportement humain qui nous mettent mal à l’aise. En l’occurrence, il adapte le mythe d’Iphigénie, explicitement cité dans les dialogues au cas où on aurait loupé la référence, pour s’attaquer à la bourgeoisie américaine avec une structure narrative qui peut aussi rappeler Théorème de Pasolini. Sauf qu’ici, l’inconnu qui entre dans la vie d’une famille n’apporte pas du plaisir charnel, mais plutôt la maladie.

Colin Farrell incarne un chirurgien à succès, qui mène une existence tranquille avec son épouse (Nicole Kidman) et leurs deux enfants. Il est contacté par le fils d’un patient décédé, et un lien d’amitié s’instaure avec ce jeune un peu bizarre qui prétend vouloir devenir médecin. Petit à petit, on apprend que ses intentions ne sont pas toujours les meilleures, et tout d’un coup l’équilibre familial est compromis de façon irréversible.

Lanthimos propose d’emblée un système malade, voire mourant, sans beaucoup de place pour même une goutte d’optimisme. La recherche de la provocation à tout prix est tellement insistante que lorsqu’on apprend un détail assez dérangeant du passé du chirurgien c’est quasiment un interlude léger, une pause étrangement marrante dans une série d’événements gratuitement choquants qui sont mis en scène avec soin mais sans de vrais propos derrière le sadisme dramaturgique. Quelques séquences isolées ont un charme inquiétant tout à fait admirable, notamment quand Farrell est en scène, mais globalement cette opération élégante est assez stérile dans sa quête du malheur absolu.

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