Critique

Patti Cake$

 
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Killa P., queen of the flow in da place!


Patti Cakes, c'est Killa P., rappeuse d'une petite ville du New Jersey. Enfin, pour certains, elle reste "Dumbo", jeune femme de 23 ans en surpoids qui s'ennuie ferme entre son travail dans le bar miteux du coin, une mère alcoolique déprimante et une grand-mère en fauteuil roulant assommée par trop d'écran (ex) cathodique et d'usage de calmants.

Patti aspire à une vie glorieuse sur la scène hip hop. Ou plutôt, dans ses rêves éveillés, c'est elle, Killa P., la reine du flow. Et elle est douée, sait jouer avec le mots et rembarrer les rappeurs testostéronés du quartier. Soutenu par son pote Jheri, vendeur en pharmacie barré de r'n'b, Patti force son destin pour s'extraire de son quotidien morose.

Habitué à la réalisation de vidéo clips, Geremy Jasper signe un premier long métrage au rythme enjoué et à la pêche communicative. Dès les premières notes, on sillonne un autre univers, un monde à l'esthétique clipesque, où les contre-plongées font la loi et les couleurs criardes côtoient les teintes saturées dans une dynamique joyeuse qui donne le tournis. La force du film éclate dans ce style particulier, ses passages musicaux entraînants et la sincérité de l'ensemble. On s'en doutait, le scénario n'est pas le point fort de ce film. Ses personnages restent bien stéréotypés, tous représentants de minorités, tous vivant en marges de la société; le film se complait notamment dans la caricature lorsque la mère, évidemment portée sur la bouteille, est dépeinte comme nostalgique de la vie de starlette qu'elle aurait pu avoir si Patti n'était pas venue au monde. Cependant, le combat commun de tous ces personnages est touchant et la meneuse du groupe, indépendante et piquante, reste un bijou d'héroïne atypique. On se prête au jeu de cette poursuite d'une vie de paillettes pour Killa P. et du chemin vers l'émancipation pour Patti. Un essai musical allumé.

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