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Les Proies

 
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Oubliez Clint!

Le roman de Mitch Cullinan, déjà adapté au cinéma par Don Siegel en 1971, fait l’objet d’une nouvelle version qui met l’accent sur le point de vue féminin.

C’est en 1971 que Clint Eastwood, star du Western mais pas encore devenu l’Inspecteur Harry, décida de casser son image cinématographique en jouant dans Les Proies de Don Siegel, adaptation du roman gothique du même nom qui met en scène une castration métaphorique progressive, aspect qui ne fut pas vraiment apprécié par Universal à l’époque :le film fut vendu comme un produit de genre typique avec Eastwood dans le rôle du héros, et échoua au box office lorsque le public se rendit compte de ce qu’il était vraiment.

En 2017, c’est Sofia Coppola qui a décidé de donner une nouvelle vie filmique au bouquin, en gardant le récit plus ou moins intact: dans le cadre de la Guerre Civile Américaine, un soldat nordiste, John McBurney (Colin Farrell), blessé pendant un combat dans les territoires du Sud, se retrouve dans un bâtiment scolaire habité par deux institutrices (Nicole Kidman et Kirsten Dunst) et leurs élèves, toutes des filles (dont Elle Fanning). Elles ne sont pas immunes contre le charme de l’homme, et cela va générer des tensions au sein du groupe.

Comme Farrell n’est pas une icône dans la même catégorie d’Eastwood, une opération comme celle mise en œuvre par Siegel il y a quarante ans n’aurait pas de sens. Coppola, elle, choisit de focaliser son attention sur les femmes et leur psychologie, avec une approche qui fait revenir à l’esprit son premier film, Virgin Suicides, et non pas les atmosphères que l’on associe habituellement au gothique: la suppression des séquences oniriques est aussi un élément important à cet égard-là.

Cette opération marche plutôt bien, mais le minimalisme de la réalisatrice a des conséquences occasionnelles au niveau de la profondeur, sacrifiée à certains moments au nom d’un rythme narratif étonnamment rapide (cette adaptation dure dix minutes de moins par rapport à celle de Siegel). On se retrouve, pour une fois, face à un film qui aurait pu avoir une durée légèrement plus généreuse, même si, dans le cadre des projections cannoises, où la presse a vu The Beguiled à 8h30 le matin, il est facile d’imaginer que 94 minutes représentent un soulagement.

Côté acteurs, Coppola confirme une entente sublime avec Dunst et donne aussi à Kidman un rôle solide qui plaira beaucoup à ceux et celles qui craignent que les personnages principaux intéressants soient quasiment inexistants pour les comédiennes d’un certain âge à Hollywood. Farrell, lui, accepte son statut d’objet (à l’intérieur du récit aussi bien que dans la structure formelle du long métrage) avec sympathie et un humour un peu irrévérent, arme qui lui a permis de survivre dans un monde de stars duquel il ne fait pas entièrement partie.

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