Critique

The Party

 
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Règlements de compte entre amis

La fête à laquelle nous convie Sally Potter, réalisatrice d'Orlando (nommé aux Oscars en 1992), plus que proposer une belle brochette de comédiens, impose par sa formule déjantée plus que maîtrisée et sa saveur délicieusement cathartique. L'organisatrice de cette soirée, Janet, est une politicienne qui vient d'être promue Ministre de la Santé. Au rang des invités, des amis triés sur le volet. Au menu, une célébration qui va vite tourner au vinaigre.

Le dîner qui dégénère est une figure classique du cinéma, qu'il soit décliné en drame (Festen) ou en comédie (Le Prénom). La crainte d'une énième variation comique est heureusement ici rapidement écartée. En guise de mise en bouche, on retrouve Bill, mari de Janet, dans un état semi-larvaire, apparemment peu enclin à festoyer. Stoïque, le bonhomme s'imprègne des morceaux plus ou moins déprimants que déverse son tourne-disque. Dans la cuisine, la pétulante Janet est autrement affairée. Entre deux courgettes, son téléphone n'arrête pas de sonner et les félicitations de pleuvoir. Et puis, elle trouve encore le temps d'envoyer un bref message à un mystérieux inconnu. L'ambiance est posée.

La réalisatrice se fait plaisir dans ce petit film (petit en raison de sa longueur) qui frise l'exercice de style. En septante minutes, le temps pour les personnages de libérer leur coeur, entre épanchement et révélations tonitruantes, le film atteint un point de non retour frisant l'absurde. Ponctuer le récit de révélations en cascade peut faire grincer des dents. Il n'en est rien grâce notamment au talent des acteurs qui n'hésitent pas à surjouer, assumant la théâtralité de sa mise en scène en (faux) huis-clos et le ridicule de la situation dans laquelle leurs personnages respectifs s'embourbent. Bruno Ganz est d'ailleurs particulièrement drôle en coach de vie New Age. Le choix élégant d'une photographie en noir et blanc souligne aussi bien la prestation des sept comédiens que le milieu très select dans lequel gravitent leurs personnages. L'implosion de la bulle intellectuelle qui enveloppe le cercle d'amis rend The Party particulièrement jouissif, les questions d'invraisemblance ne pesant pas lourd face au comique farcesque servi par des répliques mordantes. Le vent de panique qui s'abat sur la petite maison londonienne retombe brusquement après un peu plus d'une heure de délire (il n'en fallait pas plus). La boucle est bouclée dans un twist final, qui, bien que présagé, fonctionne admirablement. On peut chercher la métaphore politique à ce/cette Party mais aussi l'apprécier au premier degré: une comédie brillante et enjouée.

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