Critique

Grand froid

 
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Un mort en hiver

Le premier long métrage de Gérard Pautonnier s’amuse du froid et de la mort, deux sujets qui se prêtent d’habitude difficilement à l’humour. Le pari est réussi et se permet même une réflexion pointue sur les conventions.

La société de pompes funèbres d’Edmond Zweck (Olivier Gourmet) est en crise. Elle n’a plus de clients depuis un moment et le patron ne peut plus payer ses employés, le fidèle Georges Bron (Jean-Pierre Bacri) et le fraîchement engagé Eddy (Arthur Dupont). Seule Madame Cisca, une veuve très reconnaissante du travail de l’entreprise lors du décès de son mari passe quotidiennement le seuil de la petite entreprise. Dépités, les trois malheureux se laissent aller à de mauvaises pensées, espérant secrètement que la pauvre dame subisse un accident: elle pourrait se faire renverser par un des camions qui traversent régulièrement les rue enneigées du village. Puis, c’est la délivrance, un couple dont le mari vient de perdre son frère fait appel à leurs services. Après une messe célébrée dans l’église du village, le convoi funéraire s’embarque pour rejoindre un petit cimetière. Le corbillard conduit par Eddy et Georges ouvre la route suivi de la voiture du couple avec à son bord le curé et deux enfants de choeur. Soudain, le véhicule suiveur disparaît du rétroviseur central du fourgon mortuaire. Georges et Eddy s’arrêtent un instant pour attendre l’auto du couple mais personne ne vient. Eddy suggère de retourner sur leurs pas pour voir ce qu’il se passe. Georges, qui est pétri de principes, s’y oppose formellement car, selon lui, un corbillard ne fait jamais marche arrière. Ils décident de rejoindre le cimetière.

Cette comédie adaptée d’un roman de Joël Egloff joue sur plusieurs registres comiques. Il y a la différence entre les générations: l’expérience qui est devenue routinière et fermée à tout imprévu de Georges contre l’apprentissage, synonyme de fraîcheur et d’ouverture à l’aventure d’Eddy. Et sans trop en dévoiler, on dira que la mort, qui ne devrait être qu’une simple formalité, devient ici un périple plein de surprises et frôle même le surnaturel. Ce premier film bénéficie d’une écriture rigoureuse et ne se contente pas d’aligner deux ou trois idées reliées entre elles par du remplissage comme cela devient trop souvent le cas. Les personnages ont du caractère et fonctionnent sur les contrastes. Jean-Pierre Bacri joue les grognons comme lui seul en a le secret: son Georges est un homme désabusé qui panique au moindre accident osant traverser sa route. Il est cartésien par excellence, refusant tout ce qui tient du hasard ou de l’extraordinaire. Arthur Dupont incarne tout l’inverse et quand l’inattendu survient, il fait d’Eddy une jeune homme enthousiaste et ébloui par la nouveauté et l’irrationnel. Les seconds rôles sont tout aussi savoureux: Olivier Gourmet en patron bienveillant, Sam Karmann en curé désabusé et fatigué, Philippe Dusquene et Marie Berto en endeuillés affligés et Féodor Atkine dans un rôle que l’on ne dévoilera pas ici.

En cette période estivale particulièrement caniculaire, ce film tombe à pic pour rafraîchir les esprits grâce à son humour décalé et joyeusement noir, ses paysages hivernaux et, finalement, sa réflexion plus que pertinente sur la vie. Une très bonne alternative au bruit et à la fureur des produits de saison qui ont tendance à assommer les âmes, comme si un soleil de plomb ne suffisait pas déjà.

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