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Wonder Woman

 
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L’Âge des héroïnes

Patty Jenkins signe la première vraie aventure cinématographique du célèbre personnage de DC Comics, en nous offrant une aventure à la fois classique et très moderne. Gal Gadot est impeccable dans le rôle principal.

On l’avait déjà vue il y a un peu plus d’un an, dans Batman v Superman : Dawn of Justice. Maintenant elle a droit à son propre long métrage, attendu depuis des années. Nous parlons bien sûr de Wonder Woman, l’héroïne la plus connue de DC Comics (et des comic books américains tout court), incarnée pour la deuxième fois par l’actrice israélienne Gal Gadot.

Tout en s’inscrivant dans le contexte plus large du DC Extended Universe, ce monde cinématographique partagé qui a débuté en 2013 avec Man of Steel, le long métrage de Patty Jenkins (Monster) est largement séparé des grands événements de la franchise: mis à part les séquences d’ouverture et clôture, l’intrigue de Wonder Woman se déroule 1918, à peu près cent ans avant la rencontre avec Batman et Superman. Lorsqu’on fait la connaissance de Diana (Gadot), elle vit aisément en tant que princesse des Amazones, race de femmes guerrières qui ont la tâche de protéger notre monde quand Arès, le dieu de la guerre, ressurgira. Quand le pilote américain Steve Trevor (Chris Pine) se retrouve sur l’île cachée de Themyscira et raconte ce qui est en train de se produire avec le premier conflit mondial, Diana soupçonne la participation d’Arès et part avec Trevor pour sauver la race humaine.

N’ayant pas de vraies obligations concernant l’évolution narrative de l’univers cinématographique de DC, Jenkins aborde sa deuxième réalisation pour le grand écran avec un très agréable sens de liberté: tout en exhibant certaines influences de Zack Snyder pour assurer une cohérence stylistique, Wonder Woman fonctionne très bien comme unité autonome, dans la tradition des films d’aventure classiques. Le récit linéaire respecte les règles du genre avec joie et énergie, tout en permettant à sa simplicité apparente de véhiculer un propos pas banal sur la bonté de l’humanité et sur le rôle des femmes, capables d’actes héroïques sans l’aide des mecs (le choix de l’époque, liée aux mouvements pour le droit de vote, n’est pas anodin).

Telle Kathryn Bigelow, la réalisatrice démentit aussi les lieux communs sur les femmes derrière la caméra, en abordant les scènes d’action et de combat avec une honnêteté et un rythme qui sont au même niveau du meilleur travail de ses collègues masculins (certes, le film reste accessible pour un public jeune, mais la qualité viscérale est présente aux côtés du divertissement). C’est donc dommage que la partie finale du film glisse légèrement dans les clichés des histoires de super-héros à l’écran, avec un méchant en images de synthèse qui comporte une petite perte de l’âme humaine des batailles. En même temps, vu la philosophie au centre du récit, ceci était un choix presque obligé, et n’affaiblit pas tant que ça la dimension jouissive du premier bon long métrage de son genre avec une protagoniste féminine (on se souvient encore des lamentables Catwoman et Elektra). Si celle-ci est une indication pour le futur de ces films, on se réjouit des prochains rendez-vous en salle. 

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