Critique

La Momie

 
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C’est Dr Jekyll & Mr Hyde que l’on assassine

Toujours en perdition totale d’imagination, Hollywood tente lamentablement de faire revivre le bestiaire fantastique en lançant une nouvelle franchise qui, espérons-le, restera au stade d’un seul rejeton.

Passons vite sur une scène efficace de crash aérien très réussie pour s’attarder sur le reste qui peine à convaincre et finit par consterner. On nous conte donc le destin tragique d’une princesse égyptienne qui se voit refuser son trône car ce dernier est assigné à son petit frère. Folle de rage, elle tue tout ce qui s’est mis en travers de son chemin et de ses ambitions. Evidemment, elle est stoppée net dans sa furie, embaumée et enfermée dans les tréfonds d’un désert inaccessible. Des siècles plus tard alors que son tombeau se trouve au coeur d’une région ravagée par la guerre, elle est libérée par un soldat américain et peut enfin poursuivre sa vengeance déraisonnable.

Loin de s’attarder sur les vicissitudes de l’esprit humain, cette énième version de La Momie est le produit typiquement fait pour satisfaire le plus grand nombre en faisant bien attention à ce qu’il n’ait pas besoin de trop solliciter sa matière grise. Tout y est scrupuleusement décrit par le menu, de l’amuse-bouche au dessert, en passant par l’entrée le plat principal et même le fromage. De cette manière, on ne sera aucunement surpris par un scénario que l’on croirait tout droit sorti d’un algorithme paresseux. On y met des tonnes de scènes d’action pour les garçons et une romance nunuche pour les filles, et tout le monde est content. Et c’est bien le mot qui convient: La Momie s’adresse avant tout à celles et ceux qui se contentent servilement de se satisfaire de ce qu’on leur sert, ceux-là même qui permettent à l’industrie de continuer à les prendre pour de vulgaires consommateurs décérébrés, des fanatiques ayant perdu tout esprit critique et faisant allégeance à leurs maîtres à se divertir. Russel Crowe parachève la honte de cette baudruche indigeste en interprétant une version risible et embarrassante du personnage conçu par Robert Louis Stevenson, Dr Jekyll & Mr Hyde, en se permettant l’outrecuidance gratuite d’inverser son essence originelle.

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