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Parents

 
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Retour vers le passé

Christian Tafdrup débute dans le long métrage avec une réflexion drôle, tendre, intime et parfois choquante sur les différences générationnelles, racontées à travers le filtre du fantastique. Une petite perle à découvrir en salle après son succès au Festival de Neuchâtel.

Il arrive d’être très agréablement surpris par des films complètement inattendus, surtout dans le cadre des festivals de cinéma où la découverte est souvent à l’ordre du jour. C’est bien le cas de Parents (Foraeldre), un premier film danois présenté en compétition dans le cadre de l’édition 2016 du NIFFF. Ce long métrage étonnant de Christian Tafdrup, qui a débuté dans la réalisation après une carrière respectable en tant qu’acteur (on l’a vu notamment dans The Killing et Borgen). Primé par le jury international (il a obtenu la nomination au Méliès comme meilleur long métrage européen), le film arrive maintenant dans nos salles, et ça vaut largement le détour, qu’on soit fans du genre ou pas.

Le pitch: un jeune quitte le domicile familial pour entamer ses études, ce qui comporte des changements dans la vie de ses parents, habitués à sa présence. Les deux décident donc de faire quelque chose de différent et font retour à l’appartement où ils avaient commencé leur vie ensemble. Sauf que cette fois il se produit quelque chose de bizarre: un matin, ils se réveillent rajeunis de trente ans. Ayant maintenant le même âge que leur fils, ils commencent à le fréquenter assidument, en se faisant passer pour des amis à lui lors de fêtes et autres événements estudiantins. Mais que se passera-t-il lorsque les pulsions juvéniles ont des effets imprévus sur la solidité du couple?

Grâce à son expérience de comédien, Tafdrup obtient un excellent travail de la part de ses acteurs, qui ont la tâche pas facile de rendre crédible un récit fantastique où les éléments surnaturels sont surtout suggérés. Si l’on enlevait, en fait, le côté lié à la transformation, on ne serait pas très loin d’une comédie dramatique typiquement scandinave, avec un regard bizarrement humoristique et laconique qui se pose sur les difficultés relationnelles. Des difficultés qui séduisent d’emblée, en abandonnant toute prétention nostalgique qui aurait sa place dans les productions de genre d’autres pays. L’enjeu chez Tafdrup, c’est une honnêteté émotionnelle qui est toujours présente et rend convaincants même les passages les plus ouvertement étranges. On pleure, on rit, on médite tout au long de la vision, émus par cet ovni qu’on n’a carrément pas vu arriver. Seul bémol: malgré le sujet, on déconseille de voir ce film avec les parents… 

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