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Alien: Covenant

 
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L’ère de la race supérieure

Avec ce nouvel opus mettant en scène les xénomorphes imaginés par H.R. Giger, la saga Alien prend un tour politique des plus pertinents en totale adéquation avec notre époque dérangée et troublée.

En 1979, une affiche de cinéma dévoilant un oeuf gris d’où s’échappait une substance jaune et verte proclamait: «Dans l’espace, personne ne vous entend crier». Il s’agissait d’Alien, deuxième long métrage d’un jeune cinéaste britannique, Ridley Scott. Son film fera date et offrira une renommé mondiale à l’artiste suisse créateur de son monstre vedette, H.R. Giger, qui sera récompensé par un Oscar en 1980. Trente-huit ans plus tard, à l’aube de ses huitante printemps, Scott poursuit la genèse de ce que l’on peut affubler du titre de parasite ultime, entamée avec Prometheus en 2012.

Après un prologue lumineux où l’on assiste à une conversation entre un richissime créateur, Peter Weyland (Guy Pearce) et son protégé synthétique nommé David (Michael Fassbender) qui fera partie de l’expédition Prometheus, on se retrouve dans le vaisseau Covenant qui fait route vers une lointaine planète afin de la coloniser. Il reste sept ans et quatre mois  pour que ce long voyage touche au but. Constitué de deux mille hommes et femmes en hibernation, Covenant est régi par un synthétique, Walter (Michael Fassbender en incarnation du flegme absolu) et un ordinateur répondant au nom de Mère. Une tempête endommageant gravement le véhicule oblige Walter à réveiller les membres de l’équipage pour réparer les dégâts. Dans l’accident, le capitaine de la mission meurt et c’est Oram (Billy Crudup que l’on a plaisir à revoir depuis Jackie) qui prend le relais. Peu après, une fois les avaries colmatées, l’équipage intercepte un message audio de mauvaise qualité provenant d’une autre planète que celle de leur destination, mais plus proche. Il décide de s’y rendre. Sur cet environnement luxuriant et pluvieux, on découvre la carcasse du vaisseau qui avait permis à Elizabeth Shaw et son synthétique David de fuir après le désastre du Prometheus et la plaque d’immatriculation de cette dernière. Deux membres du Covenant qui ont eu la mauvaise idée de malmener malgré eux une sorte de végétation, se retrouvent vite très mal en point. L’horreur peut recommencer et elle sera encore pire que ce que l’on peut imaginer.

On le sait, le risque de sombrer dans l’exercice vain pour satisfaire les appétits souvent irréfléchis des fans les plus intransigeants, la redondance et l’ennui sont les ennemis jurés d’une saga ou dune série. Contre toute attente  Ridley Scott et ses scénaristes ne s’en soucient aucunement et livrent une oeuvre extraordinaire dont l’horreur passe du premier degré à un sous-texte encore plus angoissant. Bien sûr, Alien: Covenant contient ce qu’il faut de gore (on ne plaisante pas avec cela), mais il se permet une réflexion profonde, subtile et pertinente sur notre époque en proie à un repli sur soi plus ou moins mondial, à travers le personnage du synthétique David, seul rescapé de la tragédie du Prometheus. Il apparaît tout d’abord comme un sauveur pour les membres du Covenant en grande détresse avant de se révéler être l’équivalent des pires apprentis sorciers dont les exemples ne cessent de jalonner l’histoire de l’humanité et prolifèrent en même temps que la technologie devient incontrôlable. On a droit à des scènes particulièrement fortes comme celle du flash-back de l’arrivée sur la planète virant vers un hommage à peine déguisé au cataclysme que vécut Pompéi dans l’antiquité romaine ou celle de la rencontre entre David et Walter au tour d’une flûte à bec. Et quand on comprend finalement les plans particulièrement tordus de David, l’angoisse devient quasiment insupportable et fait passer les attaques des xénomorphes, pourtant traumatisantes, au second plan.

Alien: Covenant réussit le pari génialement audacieux de politiser l’horreur et la science-fiction cantonnées ces derniers temps à trop de séries B luxueuses sans véritable substance. Ce film beaucoup plus important qu’il ne pourrait paraître est une radiographie maligne de notre époque et laisse présager une suite de plus en plus sagace où les créatures vont devenir rien de moins qu’un enjeu politique renvoyant directement au mal absolu: le fascisme. Plus qu’un vulgaire blockbuster destiné à engranger des millions en jouant à faire peur, façon train fantôme, le dernier film de Ridley Scott sort de la case divertissement pour devenir une incroyable oeuvre d’art qui fera réfléchir encore longtemps. La très grande classe.

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