Critique

En instance

 
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Faites entrer l’accusé

Ce premier long métrage de Chaitanya Tamhane pose un regard sensé et naturaliste sur le système judiciaire indien et s’interroge sur le bien fondé de toujours vouloir trouver un coupable.

Poête contestataire, Vinay Vora est arrêté. On l’accuse d’avoir poussé au suicide un ouvrier du traitement des eaux retrouvé mort dans une bouche d’égout. La veille de son décès, le malheureux aurait écouté une chanson de Vinay, l’incitant à commettre l’irréparable. Plus le procès avance, plus les éléments se contredisent. Le film a pour cadre principal la salle de procès que l’on quitte pour suivre les acteurs de ce jugement à la limite de l’irréel dans leur quotidien. Et toute la contradiction de la société indienne éclate au grand jour. L’avocat de Vinay mène un train de vie très confortable. La scène où il fait ses courses dans une supérette évoque toute l’absurdité du fossé entre les plus démunis et les plus nantis. L’accusation est représentée par une femme qui semble représenter l’autorité dans toute son intransigeance, mais que l’on découvre au service des hommes dans sa famille. Le juge chargé de donner son verdict a droit à une étonnante scène finale qui pourrait paraître superflue ou hors propos, mais qui prend tout son sens au regard du reste du film.

Quand on parle de film indien, on voit immédiatement surgir le monstre tentaculaire «Bollywood», cette fabrique à succès conçue la plupart du temps selon les recettes d’un kitch tellement assumé qu’elle sombre souvent dans la pire des mièvreries et distille une morale très discutable. Ici, c’est tout le contraire et l’on découvre un pays qui oscille sans cesse entre les contrastes les plus violents: noirceur contre couleur, pauvreté contre richesse, modernité contre coutume, individualisme contre solidarité, patriarcat contre féminisme. En instance nous fait vivre cet antagonisme de manière intense autant dans son fond que dans sa forme. Refusant quasiment systématiquement le recours aux gros plans, Chaitanya Tamhane prend le recul nécessaire à son propos. Le film devient dès lors le scanner d’une société malade qui refuse toute harmonie, comme un yoyo rebondissant entre le pire et le meilleur, sans ne jamais trouver l’équilibre.

Parrainé par Alfonso Cuaròn, ce jeune cinéaste nous offre un premier film remarquable. Espérons qu’il poursuive sur cette voie et ne réponde pas aux sirènes du business qui ensorcellent trop de jeunes talents prometteurs.

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