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Les Initiés

 
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Il était une fois en Afrique du Sud

Réalisateur de courts métrages et de produits télévisés (Hopeville, 2010), John Trengove signe un premier long métrage de cinéma fascinant et courageux, autant dans sa forme que dans son fond.

Cariste plus que discret dans une entreprise, Xolani, qui est issu de l’ethnie zoulou d’Afrique du Sud, participe comme chaque année à une cérémonie d’initiation pour adolescent qui consiste à les circoncire à froid pour marquer leur passage dans l’âge adulte. Il fait partie des accompagnateurs qui doivent surveiller les jeunes hommes initiés et les encourager dans cette épreuve, le temps de la cicatrisation, marquant la fin du rituel, tout en prenant soin à ce que rien de grave n’altère leur santé physique et psychique. Cette coutume ancestrale est l’occasion annuelle pour Xolani de renouer avec son secret le mieux gardé. Mais son initié le découvre. Xolani prend peur.

En langue zoulou, Inxeba, titre original du film, signifie blessure. Ce mot renvoie évidemment à la plaie provoquée par la circoncision, mais illustre aussi l’offense que subit Xolani quand son secret est découvert. Pour nous initier à cette culture endémique, John Trengove opte pour une approche quasi documentaire et linéaire. On suit Xolani qui quitte son quotidien pour se rendre dans les montagnes du nord de l’Afrique du Sud. On rencontre les jeunes et les anciens qui s’apprêtent à vivre un rituel annuel se déroulant sur quelques jours. La caméra sert de témoin au spectateur afin de lui exposer ce rite de passage violent où il faut vaincre la douleur dans tous ses aspects pour prouver que l’on mérite de quitter l’enfance et ainsi entrer dans la maturité corporelle et mentale. Le film est d’ailleurs vivement déconseillé à ceux qui se vantent d’avoir une âme d’enfant alors qu’ils sont déjà bien avancés dans leur existence. Ils risquent de souffrir et de ne pas comprendre l’un des thèmes principaux de l’oeuvre: l’enfance est un passage qu’il faut savoir tôt ou tard dépasser pour poursuivre sa vie, en en gardant juste le souvenir.

L’autre thème qu’il serait fort maladroit et malhonnête de dévoiler ici se réfère directement au secret précieusement gardé de Xolani. Il s’agit d’un sujet tabou dans l’ensemble du continent africain, mais aussi de plus en plus dans nos sociétés occidentales parfois un peu trop vite qualifiées de civilisées, quand on remarque la régression intellectuelle dans laquelle elles ont tendance à s’engouffrer. Dès lors le film de John Trengove est très courageux et mérite d’être cordialement salué.

Si l’on rajoute à cela un groupe de comédiens que l’on sent parfaitement dévoués à la démarche audacieuse de l’oeuvre, un mystère indéfinissable, perceptible dans la très belle photographie naturaliste de Paul Ozgur et au détour de certaines séquences très fortes, et la puissance tellurique des décors naturels, on obtient un des longs métrages les plus singuliers et les moins confortables de ces dernières années.

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