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Get Out

 
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Vous prendrez bien une tasse de thé?

On n’y croyait presque plus. Get Out est un petit miracle dans le marasme hollywoodien transformé de plus en plus en garderie d’enfants. En dehors du succès, pour une fois amplement mérité, ce premier long métrage de Jordan Peele mérite le détour grâce à ses nombreuses qualités.

Ensemble depuis un certain temps, le couple mixte Rose Armitage et Chris Washington s’apprête à se rendre pour la première fois dans la famille de Rose. Un peu angoissé de savoir si cette dernière acceptera le petit ami noir de leur fille, Chris appréhende cette rencontre. Sur la route, un daim vient s’écraser contre la voiture des amoureux et meurt. Ca commence mal. Comme Chris est le nouvel élément dans la famille Armitage, le film prend son point de vue et le spectateur découvre ce nouveau milieu en même temps que lui. Les parents de Rose ont deux domestique noirs: une femme pour les tâches domestiques et un homme pour les travaux à l’extérieur. On remarque avec Chris que ces deux personnes sourient en permanence et on pense tout de suite à l’adage, «trop poli pour être honnête». L’angoisse s’installe gentiment. Un soir, Chris sort pour fumer une cigarette. Quand il rentre, la mère de Rose, Missy, l’invite à discuter devant une tasse de thé dont elle touille le contenu en permanence. Le lendemain, Chris est littéralement dégoûté par la fumée. C’est à ce moment-là que débarque une quantité d’invités, venus rendre hommage aux grand parents Armitage comme chaque année depuis leur décès. Photographe, Chris s’adonne à son art en faisant le portrait de ces gens quand, après avoir flashé un jeune homme noir avec lequel il venait de sympathiser, ce dernier l’implore de quitter l’endroit, le visage terrifié.

Pour son premier film qui l’a lui-même écrit, le comédien Jordan Peele (Mon beau-père et nous, la série Fargo) parvient à instaurer subtilement une angoisse tangible qui prend source tout d’abord dans la parano de Chris constituée de préjugés. Mais très rapidement, les doutes du photographe se confirment et il se retrouve au coeur d’une situation très désagréable qui le dépasse. Ce sont les personnages qui l’entourent qui font naître le malaise par leurs attitudes et leurs répliques. L’efficacité du jeu des comédiens particulièrement bien dirigés par Jordan Peele fait mouche: ce sont eux qui font peur, autant à Chris qu’au spectateur.

Bien sûr, pour apprécier Get Out et se plonger dedans, il faut accepter les propositions de Jordan Peele qui sont tout à fait crédibles pour autant que l’on ne cherche pas à vouloir prétentieusement refaire son film comme l’on refait un match de foot à la mi-temps. La tasse de thé, le passé des grands-parents Armitage, le lien de Chris avec son ami resté chez lui pour garder son chien ou la faille dans le processus machiavélique sont autant d’éléments primordiaux qu’il faut accepter car dans l’ensemble du film tout fonctionne à merveille. Après, on peut aimer ou pas les suggestions du réalisateur, mais c’est une autre question et le travail d’un critique n’est pas de dire: «J’aurais fait ceci ou cela, à la place du cinéaste» mais de disserter sur ce qu’il a sous les yeux. En l’état, Jordan Peele maîtrise son sujet et la crédibilité indiscutable de son film est au rendez-vous. Il se permet même de ne pas répondre à la question essentielle que lance Chris à ceux qui lui sont devenus néfastes: «Pourquoi des noirs?»

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