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Paris pieds nus

 
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La touriste et le SDF

Auteurs d’un art poétique, burlesque et comique très visuel, Abel et Gordon signent un quatrième long métrage qui reflète parfaitement leur douce folie héritée de Buster Keaton, de Jacques Tati et de la scène.

Pour ceux qui ont découvert L’Iceberg, Rumba et La Fée, l’univers particulier de Dominique Abel et Fiona Gordon ne les surprendra pas car on y retrouve tous les éléments de leur cinéma très personnel. Comme tout repose sur des idées essentiellement visuelles, la trame de Paris pieds nus est on ne peut plus simple: venue à la rescousse d’une vieille tante en détresse, Fiona, une bibliothécaire canadienne tombe sur Dom, un SDF aussi attendrissant que collant, qui ne la lâchera plus d’une semelle.

S’il fallait trouver un thème à ce long métrage inclassable, on pourrait dire qu’il est le résultat d’une dissertation libre sur l’émoi. Attention, on ne parle pas du tout de l’émotion, devenue malheureusement un pur produit marketing pour faire passer au tiroir-caisse et faire pleurer les midinet(te)s partisan(ne)s d’un sytème qu’ils sont devenus incapables de critiquer, mais de ce sentiment bien plus fort qui intervient lors des premières fois, de toutes les premières fois. Et cela donne une oeuvre qui s’écarte astucieusement des sentiers battus et autre recette à l’emporte-pièce. C’est d’ailleurs cette univers iconoclaste qui a dû séduire les vétérans Pierre Richard et Emmanuelle Riva qui évoluent ici aussi à l’aise que des poissons dans l’eau. Il y a une trouvaille dans quasiment chaque plan, une idée assumée pour chaque scène et une interface qui est la marque de fabrique du couple de réalisateurs qui campent, comme à leur habitude, deux personnages opposés qui vont tenter de se fondre l’un dans l’autre.

Mais, contrairement à L’Iceberg et La Fée, Paris pieds nus souffre légèrement d’une certaine routine et ronronne, ayant un peu de peine à convaincre autant que ces prédécesseurs. Ce léger bémol n’enlève rien à la réussite incontestable du film et ne perturbera aucunement les spectateurs qui découvriront la poésie burlesque de ce duo fort attachant pour la première fois: leur émoi sera intact.

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