Critique

L'Opéra

 
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De la cave au grenier

En immersion dans l’un des monuments de la vie culturelle parisienne, le novice en art lyrique Jean-Stéphane Bron ausculte une impressionnante machinerie en s’intéressant à tous les acteurs qui la font vivre, autant dans la lumière des projecteurs que dans la pénombre des coulisses.

Pour se sortir de l’univers de son film précédent, L’Expérience Blocher, où il était question de replis sur soi, de non ouverture et de protectionnisme érigés en modèle par un parti politique suisse rétrograde et non évolutif, Jean-Stéphane Bron avait besoin de montrer un monde créatif et productif. Il choisit comme terrain de jeu une institution: l’Opéra de Paris. Il nous invite à la découverte de ce lieu incroyable où fourmille un grand nombre de personnes qui ont toutes un rôle bien précis, suivant une hiérarchie et des règles établies, comme dans n’importe qu’elle société.

Passionnant aussi bien pour les amateurs d’opéra que pour les novices, son film montre l’envers du décor en se faufilant à tous les étages, autant architecturaux qu’artistiques. On y voit le personnel chargé de nettoyer les bureaux de la direction où vient de se dérouler une importante réunion. On suit un groupe de personnes chargées de trouver et d’acclimater un taureau qui sera sur la scène quelques jours plus tard. On fait la connaissance des techniciens qui ont la lourde responsabilité de faire croire aux futurs spectateurs du spectacle en préparation que tout semble fait sans aucune douleur. C’est d’ailleurs le sacerdoce de tous les gens impliqués: faire croire au public que tout ce qu’il voit et entend paraisse naturel sans qu’il ne se soucie aucunement de la somme de travail et de souffrance qui se cache derrière.

Mais comme dans toute société, il y a aussi des problèmes qu’il faut impérativement régler avant le grand jour, comme ce chanteur vedette qui perd sa voix trois jours avant la première et qu’il faut remplacer au pied levé. Tous ces aléas, retards, changements de dernière minutes, remplacements inspirent au cinéaste de traiter son documentaire comme une oeuvre lyrique, avec ses coups de théâtre, ses doutes, ses joies, ses peines, ses remises en question. Le résultat et brillant et l’on ressort de L’Opéra un peu plus riche que l’on y était entré, en ayant l’agréable sensation d’avoir assisté à une oeuvre qui touche au plus profond le processus créatif.

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