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Lost City of Z - La Cité perdue de Z

 
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Jusqu’au bout de l’obsession

Profitant de la biographie du Colonel Percival Fawcett, James Gray met en scène l’obsession dans un film d’aventure exceptionnel et signe son sixième chef-d’oeuvre. 

C’est assez rare pour être mentionné, James Gray est l’un des seuls cinéastes à pouvoir se vanter de posséder une filmographie sans aucune fausse note et son nouveau film en est une nouvelle fois la preuve incontestable. Il y une constante dans tous ses longs métrages: ses personnages cherchent le bonheur, mais leur destin est parsemé d’embûches et de tragédies humaines. C’est l’homme qui est au centre de son art, avec ses failles le rendant naturellement comme il est: vulnérable. Le cinéma de James Gray est la réponse indispensable et salutaire à l’héroïsme sacralisé.

Après un générique mystérieux sur fond de feu dans une pénombre sylvestre, The Lost City of Z s’ouvre sur une sublime séquence de chasse. C’est le Colonel Percy Fawcett qui remporte ce concours cynégétique qui devrait lui accorder le droit d’être à la table des plus nantis lors du repas du soir, mais les frasques passées de son paternel le lui interdisent. D’emblée, James Gray  définit l’héritage comme un lourd fardeau pour son protagoniste principal qui fera, par la suite, vivre les mêmes affres à sa propre progéniture, comme une sorte de malédiction familiale. Au début, le bonheur frappe à sa porte. Il épouse Nina dont il attend très vite un enfant et il est choisi par les membres de la Société Royale de Géographie de Londres qui l’envoient, en qualité de cartographe, définir les frontières floues entre la Bolivie et le Brésil au coeur de la forêt amazonienne. Dès lors Percy sera envoûté par l’enfer vert et n’aura de cesse d’y retourner, persuadé de découvrir une cité perdue qu’il baptise Z.

James Gray fait le portrait d’un homme fasciné jusqu’à l’obsession. Il nous montre comment cette obstination chimérique envahit sa vie au point qu’il délaisse sa famille, ne voyant littéralement pas grandir ces trois enfants et délaissant son épouse. Dévoué corps et âme à la recherche de son utopique cité, il ne remarque même pas la révolte de sa famille, tellement il est affairé à convaincre, à chacun de ses retours au Royaume Uni, ses commanditaires qui peinent à financer ses nombreuses expéditions. Sa ténacité est payante et il obtient régulièrement de quoi repartir, en promettant à chaque fois que ce sera la dernière, celle de la découverte de sa ville mystérieuse qu’il vante couverte d’or.

Dans la jungle, Percy est un autre homme. On le sent heureux. James Gray nous le montre apaisé, dans son élément, respectueux de la nature qui l’entoure et des peuples qui l’habitent et n’en fait jamais un conquérant. C’est à chacun de ses retours qu’il devient irascible, impatient, insatisfait, comme le prouvent les magnifiques scènes très dures avec sa femme qui ne peut qu’accepter l’obsession de son mari à défaut de le voir dépérir. Elle sera même impuissante quand leur fils aîné voudra accompagner son père dans son délire afin de partager la passion de cet homme trop absent pour les siens.

Tourné en 35 mm dans des décors tous plus ahurissants les que les autres, The Lost City of Z est un film d’aventure épique et spirituelle comme on n’osait plus en rêver. Magistralement dirigés, les comédiens se vouent physiquement et mentalement à l’oeuvre que James Gray leur a proposée, faisant vivre leurs personnages plus qu’ils ne jouent vraiment.  On a droit à des scènes d’action parfaitement dosées tel un sublime passage se déroulant dans les rapides d’une rivière ou une attaque d’indiens qui survient de manière sèche et sans concession. Chaque plan du film à un sens et tout contribue à un spectacle autant grandiose qu’intimiste, jusqu’au tableau final qui mêle génialement une bâtisse anglaise du début du XXe siècle et le mystère impénétrable de l’Amazonie dans toute sa magnificence et sa dangerosité, à travers un miroir.

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