Critique

A Good Wife

 
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Une famille convenable

Mirjana Karanovic, actrice désormais réalisatrice, s’offre un rôle magnifique dans son premier long métrage (une co-production serbo-bosnio-croate) qui nous dévoile le poids des soupçons et de la culpabilité qui rongent une petite communauté d’ex paramilitaires serbes. L'épouse de l'un deux va déterrer des secrets (de tiroir) bien mal enfouis.

Sous l’apparente quiétude qui entoure le couple que forment Milena et Vlada, se cristallisent les non dits qui ont scellé leur relation au fil des années. Au centre de l’intrigue, deux acteurs dont les performances donnent toute sa force à ce film sincère qui use pourtant de quelques facilités scénaristiques.

A travers la répétition des scènes de réunion d’amis, on comprend vite que Milena se satisfait du confort qu’apporte son foyer, de son rôle de femme et de mère protectrice, toujours à l’écoute de son mari et de ses enfants. Elle sait garder sa place, tenir son rôle de «bonne épouse» redoubler de tendresse et de compréhension quand son mari devient grincheux ou s’emporte. Finalement, la tendresse est toujours là et c’est dans une scène très forte où les femmes comparent discrètement leurs vies autour de la table de la cuisine pendant que les hommes regardent un match à la télévision, que Milena réalise qu’elle n’est pas si mal lotie. Ce ne sera donc pas l’ennui ou le poids d’une routine confortable, mais épuisante, qui va menacer le calme domestique. Le péril est partout: la maladie et le passé qui rongent, les amis noyant leur culpabilité dans l'alcool et qui ne sauront peut-être pas garder un secret bien longtemps. Craignant qu'une cassette VHS conforte ses pires soupçons, Milena se voit confronter à un sérieux dilemme. Mais ne vaudrait-il pas mieux déterrer les preuves et enfin connaître la vérité ?

Filmé du point de vue de la protagoniste, incarnée par Mirjana Karanovic elle-même, le film suggère le combat que mène intérieurement cette femme dont la vie se voit bouleversée par deux événements quasi simultanés. En rapprochant sa caméra du regard de Milena, qui doit encaisser le choc de la découverte de deux réalités méconnues jusqu’à présent (volontairement ou non), la réalisatrice, en empathie avec son héroïne, décrit brillament l’impasse dans laquelle tombe Milena, incapable ni de se l’avouer, ni de s’ouvrir à ses enfants dont la proximité émotionnelle d’avec leur mère est inversément proportionnelle à la distance qui les sépare de la cellule familiale. C’est subtilement que la réalisatrice montre le dégoût de Milena et son désir de se laver de ce passé, en nettoyant avec énergie cette maison dorénavant souillée.

Même si les deux combats qu’affronte Milena tombent à point nommé pour donner de l’ampleur aux personnages et tirer sur la corde sentimentale, A Good Wife est un très beau premier film. On gardera en mémoire la force métaphorique des deux plans bordant le film qui se répondent avec une intense justesse.

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