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The Birth of a Nation

 
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Le fantôme de l’espoir

Portant le même titre que le film de D.W. Griffith de 1915, The Birth of a Nation de Nate Parker est la réponse indispensable à son aîné, somme de l’histoire esthétique du Septième Art, mais oeuvre foncièrement raciste et partisane de l’hégémonie blanche.

En 1915, un monument de la jeune histoire du cinéma déboulait sur les écrans. Si la forme de The Birth of a Nation de D.W. Griffith a fait date positivement (mise à disposition de moyens dantesques pour l’époque, figuration impressionnante, un grand nombre de stars au générique, une quinzaine de décors naturels et artificiels, 3h15 d’un spectacle hors norme), son fond laisse sérieusement à désirer car le film est ouvertement raciste et fait l’apologie de Klu Klux Klan. Cent ans et des poussières plus tard, Nate Parker qui signe là son premier long métrage, reprend pertinemment le même titre pour livrer un long métrage qui relate l’une des première révolte d’esclaves sur sol américain.

Il le fait à travers le destin de Nat Turner, qu’il interprète lui-même, un garçon précoce doué pour la lecture et ami du fils aîné de ses patrons. On lui inculque évidemment la lecture de La Bible et une fois adulte, on l’utilise pour prêcher dans les plantations afin que les esclaves ne se soulèvent pas comme le craignent les propriétaires terriens. Cette méthode sournoise est toujours utilisée de nos jours: divertir les masses laborieuses pour éviter toute révolte. Nat s’affranchit de sa tâche avec empressement et diligence, mais son voyage devient initiatique et ce qu’il voit subir par ses semblables l’amènera au soulèvement le plus radical.

Tout passe par son regard qu’il doit régulièrement baisser pour ne pas froisser ceux qu’il ose fixer. Par des vue subjectives du point de vue de son héros, Nate Parker donne à voir l’horreur: un cadavre au bord de la route, une torture à la limite du supportable, une rixe entre un noir et un blanc qui lui reproche d’avoir regardé sa femme, etc. Il évite aussi le voyeurisme par le recours de l’ellipse à de nombreuses reprises, s’attardant sur les conséquences de la violence infligée à ses frères et soeurs esclaves. Et comme dans tout film qui traite de cette période peu glorieuse, on a droit à une séquence de flagellation inévitable et, là encore, le réalisateur fait le choix de ne pas montrer le fouet déchirant les chairs en filmant son personnage de face pendant que son dos souffre le martyr: la douleur se lit sur son visage et le résultat est d’autant plus fort.

Le film ne sombre pas non plus dans la caricature gentils blancs contre méchants noirs grâce à des personnages complexes et pleins de contradictions. Certains sont prisonniers de traditions et de principes surtout pécuniaires auxquelles ils aimeraient ne pas adhérer et d’autres contraints de prendre les armes pour faire valoir leurs droits bafoués. Dans le rôle principal, Nate Parker personnalise l’envie de révolte de Nat assez rapidement en jouant avec son cou, nous montrant par là qu’il a de plus en plus de mal à contenir sa révolte et que les mouvements insistants sur sa pomme d’Adam finiront par se concrétiser en un cri de rage des plus sauvages. La révolte à proprement parler est sèche, rapide, bestiale et libératrice, mais vouée à l’échec car désespérée et déséquilibrée face à la puissance de feu de l’ennemi. 

The Birth of a Nation est un film dont on pourrait relever les quelques défauts, mais ils sont tellement insignifiants que l’on préfère saluer la sincérité d’une oeuvre indispensable et salutaire à l’heure où l’oubli, quand ce n’est pas carrément le déni, est inculqué aux masses que l’on éduque à fermer les yeux et les oreilles par un adage des plus lâches: c’était (c’est) la volonté de dieu. De fait, le premier long métrage de Nate Parker est brûlant d’actualité.

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