Critique

Le Procès du siècle

 
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Bouclez-la les fascistes!

A l’heure où l’on donne à tort la parole à la “fascosphère” parce que c’est vendeur auprès des esprits ignorants et de plus en plus fiers de l’être, le film de Mick Jackson est indispensable pour ne pas oublier que les êtres immondes encensés par les plus idiots ont mené le monde où il est actuellement: dans une impasse intellectuelle et humaine.

On pourrait chipoter sur quelques détails du nouveau film du réalisateur de The Bodyguard et Volcano, mais ce serait enculer les mouches et faire preuve de frilosité cérébrale. Aujourd’hui, l’ennemi de l’humanité, quelque soit sa nationalité, sa religion ou la couleur de sa peau, c’est le fascisme à qui l’on offre une vitrine consensuelle parce que cela fait vendre: le fameux et stupidement nommé “buzz”. Il n’y a pas à prendre de pincettes pour combattre l’engeance fasciste qui passe son temps à mentir et ce dans le même but que les dangereux inconscients qui leur permettent d’ouvrir leurs bouches d’où ne sortent que des excréments verbaux infertiles: récolter des voix et collectionner une armée de sous-fifres qui ont oublié qu’ils avaient un cerveau.

Heureusement, ll reste certains artistes pour mener à bien cette mission vitale. Le scénario de David Hare (The Reader) basé sur le livre de Deborah Lipstadt conte comment cette dernière a dû se défendre face à un négationniste anglais qui osa la traduire en justice, convaincu de prouver l’inexistence des chambres à gaz nazies où sont morts quantité de gens qui n’entraient pas dans les critères nauséabonds de l’idéologie du Troisième Reich. Ce très triste sire nommé David Irving, pseudo intellectuel à l’esprit retors, assénait que les taches visibles sur les images aériennes montrant les toits de certains bâtiments des camps de la mort ne prouvaient aucunement qu’il s’agissait de cheminées permettant l’introduction du gaz mortel dans les chambres. Et c’est Deborah Lipstadt, grande défenseure de la mémoire de la Shoa qui doit, de manière quasiment surréaliste et dans les limites de la légalité, prouver l’existence du mal absolu qui régnait en Allemagne dans les années 40.

Bien sûr, le film montre toute la malhonnêteté intellectuelle du négationniste britannique, mais le pire est de constater que cet être immonde possède un fan club de gens que l’on évitera de juger ici sous peine de sombrer dans la vulgarité. Ce sont là exactement les mêmes qui donnent leur voix à l’UDC en Suisse, au Front National en France, au Parti de la Liberté (fallait oser un nom pareil) en Autriche, au parti de Geert Wilders en Hollande ou encore à Trump aux Etats-Unis. Et que l’on ne vienne pas la ramener avec l’argument niaiseux de vote contestataire car il n’y a rien de plus risible de nos jours. S’il y a des nuisibles à la bonne marche de l’humanité ce sont bien tous les partisans de ces factions qui ne songent qu’à leur tout petit confort (pécuniaire avant tout) en pensant, de la manière la plus idiote qui soit, que la fermeture et le repli sur soi est la seule solution. Et ils en sont tellement fiers qu'ils ne se rendent même pas compte que leur comportement inexcusable est une atteinte à la mémoire des victimes de leurs maîtres à penser (si l’on ose utiliser ce verbe les concernant), comme si leur attitude indigne éxécutait une seconde fois tous ces innocents.

Très mal traduit par un titre un poil racoleur en français, Denial signifiant déni, c’est pourtant bien de cela dont il s’agit. Ces gens qui ont fini par se laisser décérébrer ont fini par sombrer dans le déni de faits pourtant indiscutables. Dès lors il devient difficile de les faire revenir à la raison la plus élémentaire, comme les drogués et alcooliques qui refusent d’admettre leur dépendance. Devrait-on peut-être créer des centres de “défascinisation” à l’image de ceux de désintoxication pour les soigner?

Denial possède des scènes très fortes comme la visite d’Auschwitz ou son plan final qui nous plonge au coeur même des ténèbres du passé que certains osent encore nier aujourd’hui. Magnifiquement dirigé, le trio d’acteur Rachel Weisz, Tom Wilkinson et Timothy Spall est au service d’une oeuvre salutaire qui ne cherche jamais à épater la galerie, mais à établir des faits avérés qui sont toujours mis à mal de nos jours par les obscurantistes de tous bords. Très judicieusement, Mick Jackson opte pour une mise en scène classique et sobre, soutenue par une très belle partition de Howard Shore qui met subtilement en exergue la douleur qu’ont subi et que subissent encore les victimes du fascisme. Les joutes oratoires dans l’enceinte du tribunal sont filmées comme un combat avec son lot d’attaques, de contre-attaques, de provocations, de défenses, jusqu’à ce que l’adversaire soit mis k.o. et hors d'état de nuire.

Bref, Denial devrait figurer dans tous les médias et être proposé dans toutes les écoles afin de clouer définitivement le bec de toutes celles et de tous ceux qui osent encore nier ce qui ne peut l’être. Il mérite aussi un bien plus grand succès que celui que rencontre l'immaturité made in "fricland" mettant en scène des voitures vrombissantes, des héros en costumes de carnaval ou des monstres débiles, accompagnés de leurs discours lénifiants et proches du zéro absolu en matière d’intelligence.

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