Critique

Les promesses de l'ombre

 
Critique par |
Mieux vaut être averti, le petit dernier du réalisateur canadien nous plonge dans une ambiance fort peu sympathique dès la première séquence qui se termine par une scène gore très graphique. Cela fait très mal. Et la suivante ne vient pas calmer le jeu, mais nous laisse découvrir les personnages principaux dans leurs éléments respectifs. D'un côté il y a Anna (Noami Watts), infirmière d'origine russe à l'hôpital Trafalgar de Londres, qui vient d'assister à la naissance d'une petite fille dont la très jeune mère, venant de l'Est, n'a pas survécu à l'accouchement, et de l'autre, on retrouve une famille de mafieux russes représentée par un patriarche, Semyon (Armin Mueller-Stahl) et son fils Kirill (Vincent Cassel). Entre les deux se trouve le chauffeur de Semyon, Nikolai (Viggo Mortensen) qui évolue entre Anna qu'il essaie de séduire et ses patrons. Personnage plus qu'ambigu que même la fin du film ne réussira pas à vraiment identifier, Nikolai est le point central de ce film de facture assez classique dans sa forme et d'une linéarité implacable. C'est lui qui captive l'attention, c'est par lui que le spectateur pénètre dans ce milieu d'immigrés russes devenu gangsters sous couverture d'un restaurant traditionnel.

Ici, et c'est tant mieux, on ne s'intéresse pas franchement à la hiérarchie de cette famille, mais à son mode de vie, à ses rites et coutumes. Très justement, Cronenberg ne cherche pas à nous faire un cours didactique sur la maffia russe en Europe, mais se penche une nouvelle fois sur des hommes qui n'ont que la violence comme mode d'expression. Et cette violence omniprésente dans le long métrage est là pour nous plonger dans les noirceurs d'un univers fermé et régi par une fierté déplacée. En ce sens Kirill, le fils héritier ne réfléchit jamais à ses actes en n'y cherchant que le plaisir éphémère, que la jouissance instantanée, alors que son père apparaît comme un vrai parrain, faisant tout pour préserver son business avec une arrogante aristocratie. Tous les comédiens sont confondants dans leur façon de parler et de vivre à la russe : 50% du film est parlé russe.

Armin Muelle-Stahl signe une nouvelle fois une composition remarquable qui fait froid dans le dos. Vincent Cassel en chien fou est parfaitement à sa place. Naomi Watts donne à Anna à la fois toute sa force et sa fragilité. Enfin Viggo Mortensen qui retrouve Cronenberg après A History of Violence pour la deuxième fois consécutive, incarne un personnage dont l'atout majeur est l'ambiguïté. On ne parvient jamais à le cerner et quand on pense avoir une petite idée sur lui, il nous échappe constamment. Ajouter à cela une photographie très naturaliste faisant ressortir la crudité de la lumière d'un hiver londonien, un montage incisif comme dans l'éprouvante séquence du sauna, une musique d'un Howard Shore totalement impliqué dans ses références à la musique russe, aidé par des instrumentistes hors paire, et vous obtenez un nouveau chef-d'oeuvre du père de La mouche.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

CONCOURS Gagnez un DVD ou un blu-ray disc

Participer