Critique

Ghost in the Shell

 
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Un remake sans substance

Avec cette version de Ghost in the Shell, les pontes d’un cinéma purement commercial et racoleur montrent une fois encore combien cet exercice est vide et se satisfont d’un objet purement esthétique, surfant sur la vague d’une mode.

Basé sur le manga de Masamune Shirow, déjà adapté sur grand écran par Mamoru Oshii, les scénaristes Jamie Moss et William Wheeler ne parviennent jamais à retrouver la force de l’oeuvre originale et son anticipation de mise en garde contre un futur déshumanisé. Dès les premières scènes de ce long métrage, on se retrouve devant un constat d’échec flagrant dû à la suprématie de la robotique et des nouvelles technologies qui ont de plus en plus tendance à faire de leurs utilisateurs soit des esclaves, soit des enfants manipulables à souhait. Et c’est cette immaturité de plus en plus acceptée, quand elle n’est pas carrément sacralisée, qui tend à devenir la norme. Là où le film de Mamoru Oshii prenait des allure de conte avec tout ce qu’il faut de réflexion, celui de Rupert Sanders ne s’adresse qu’aux sensations de son public en jouant la carte du spectaculaire.

On a donc droit à une suite de séquences sophistiquées froides ne reposant que sur la maîtrise de ses effets spéciaux. Du coup, on ne s’intéresse aucunement aux personnages, attendant simplement la prochaine scène d’action, comme dans grand nombre de jeux vidéo où les protagonistes ne sont que des pions dont les seuls atouts sont la résistance physique et (ou) des pouvoirs surnaturels. L’ennui prend vite le dessus. Il est bien sûr question de bien et de mal, de corruption, de perte de mémoire, mais tout cela n’est que survolé, à peine effleuré. Mis à part Beat Takeshi Kitano qui joue la carte de la caricature avec réussite, les autres comédiens traversent ce film comme des fantômes sans consistance.

Et ce n’est pas la veine tentative de donner dans l’émotionnel artificiel et puéril cher à nos sociétés gangrenées par la consommation, arme suprême de la destruction massive de l’esprit critique, qui arrange quoi que ce soit à ce produit sans âme. Un bonne oeuvre d’anticipation se devrait de mettre en garde son public, voire le choquer, contre l’univers qu’il dépeint et non pas inspirer quelques tordus à vouloir le reproduire, comme on le constate avec effroi dans la robotique militaire qui semble tout droit sortie des pires navets qui sont passés du stade de la science-fiction à la réalité. Ghost in the Shell rate sa cible et se fourvoie dans un esthétisme purement artificiel.

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