Critique

Logan

 
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L'homme des vallées perdues, ou le baroud d'honneur de Wolverine.

"Il n'y a pas de vie avec un meurtre. Il n'y a aucun retour possible à partir de celui-ci. Bien ou mal, c'est une marque, une marque qui colle. Il n'y pas de retour en arriere. Maintenant, vous courez à la maison chez votre mère lui dire que tout va bien, et qu'il n'y a plus d'armes dans la vallée."

Cette réplique du film de George Stevens, Shane (L'Homme des Vallées Perdues), mise en exergue à deux reprises dans Logan, résonne à la fois comme la note d'intention du film mais également comme le fondement même de chacun de ses protagonistes. Car la grande force du long-métrage est d'attacher une importance primordiale à ses personnages, tous dépeints avec une finesse et une profondeur qui relèvent du jamais vu dans une production Marvel. Dépeignant un Logan vieillissant, fatigué, perdant peu à peu ses pouvoirs, le film est d'une richesse thématique assez vertigineuse, son thème central le rapprochant du Impitoyable de Clint Eastwood: personne n'est bon ou mauvais, le bien et le mal cohabitant en chacun d'entre nous. Ainsi, qu'il s'agisse du professeur Xavier, de la petite Laura (incroyable Dafne Keen, la révélation du film) ou bien entendu de Logan, tous oscillent entre une bonté profonde et des actes inexcusables. Cette peinture d'une justesse rare force l'admiration et constitue l'atout premier du film.

Au-delà de cette thématique qui aurait déjà suffi à faire du film un volet majeur de la saga X-Men, le réalisateur développe également un propos glaçant sur la déliquescence de nos sociétés contemporaines: machines remplaçant petit à petit les humains, alimentation bourrée d'OGM, domination des multinationales, le monde dépeint dans Logan est d'une noirceur à toute épreuve, trouvant bien entendu un écho dans notre époque (le film se situe en 2029). Cependant, et à l'instar des Fils de l'Hommes auquel on pense beaucoup durant la projection, le metteur en scène laisse briller une lueur d'espoir à travers la figure des enfants, qui s'imposent à la fin du film comme le seul salut possible de notre monde.

Impossible enfin de ne pas souligner l'extrême violence de Logan, une première dans un film de super-héros: membres arrachés, têtes qui explosent, enfant décapitant un adulte, tout y passe, dans un déchaînement de fureur absolument ahurissant (rappelons que le film est interdit aux moins de 17 ans non accompagnés aux Etats-Unis, et aux moins de 12 ans en France). Une violence hyper réaliste, où chaque coup porté est ressenti par le spectateur comme quelque chose qui fait vraiment très mal, inscrivant ainsi le film dans une démarche réaliste, brute, où les morts ne sont pas seulement des gens qui tombent, mais des êtres qui perdent la vie.

On pourra cependant regretter ici là quelques longueurs, mais ce serait faire la fine bouche devant ce qui s'inscrit sans doute possible dans le trio de tête des meilleurs films de super-héros jamais réalisés.

Et un film Marvel qui parvient à vous faire pleurer, ça n'arrive pas tous les jours.

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