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Moonlight

 
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L’Oscar du Meilleur Film de cette année est un objet précieux. Avec son deuxième long métrage, Barry Jenkins signe une oeuvre parfaitement ancrée dans notre époque et évite tous les pièges qui auraient pu alourdir son propos.

L’affiche du film représente les trois visages du protagoniste principal à trois époques de son existence: l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte. Moonlight s’arrête sur trois épisodes de la vie de Chiron. On fait sa connaissance alors qu’il a neuf ans. Il vit avec sa mère célibataire dépendante au crack dans la banlieue de Miami. Cette première partie nous montre surtout comment un dealer local, Juan, le prend sous sa protection. On le retrouve à seize ans dans son quotidien de lycéen. Kevin son ami d’enfance se rapproche de lui, mais un événement les sépare. Quand il revient des années plus tard, il reprend contact avec Kevin.

Dans Moonlight, il est question d’un univers de gangsters, mais le cinéaste gomme tout l’aspect spectaculaire que cela pourrait inspirer en s’intéressant à la vie de Chiron en dehors de son gagne-pain illégal. Grâce à de très longues scènes, Jenkins s’attarde de manière magnifique sur ce qu’il se passe dans la tête de son personnage et son rapport aux autres. Dès lors le film regorge d’instants poétiques qui lui font prendre une dimension presqu’irréelle, comme dans un rêve. Le titre fait référence à une phrase prononcée dans cette très belle oeuvre: «À la pleine lune, la peau des noirs devient bleue».

Moonlight possède un charme indéfinissable qui fascine et s’amuse à jouer sur les apparences qui font toute la richesse de la diversité humaine. L’exercice est tellement réussi qu’il s’adresse à l’âme de ses spectateurs et non à ses émotions qui sont trop souvent mauvaises conseillères et aliénatrices de l’esprit, par leur impulsivité et leur violence. A aucun moment, on ne juge Chiron. On le suit dans son parcours. On prend le temps de faire sa connaissance et d’être témoin de ses questionnements multiples. Ces petits moments qui paraissent anodins ou légers sont autant de mèches qui vont servir à allumer le feu de la très longue et magnifique scène finale. On en ressort ébloui, comme si l’on venait de vivre un instant en apesanteur.

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