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L'Ame du tigre

 
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Avec son premier long métrage, François Yang invite les générations à se pencher sur le devoir de la transmission de la mémoire. À travers un personnage découvrant tardivement la culture de son père, L’Ame du tigre touche juste et reste en tête.

Fils d’un père chinois et d’une mère française, Alex renie sa moitié asiatique. Il ne parle pas la langue paternelle et mène une vie rythmée par les sorties en montagne avec son amie française. Mais un coup de téléphone le rappelle à Paris car son frère est décédé à Pékin. Très vite, il constate que l’on cherche à lui cacher quelque chose au sujet de sa mort. Avide de vérité, il insiste parfois très vigoureusement pour que son père ou son oncle lui disent ce qu’il s’est exactement passé.

Se déroulant principalement durant la veillée funéraire à la mode chinoise qui s’étale sur plusieurs jours, le premier film de fiction de François Yang fait s’entrechoquer deux cultures autour d’un drame universel, la mort. Dès l’arrivée à Paris, Le réalisateur prend judicieusement le temps d’exposer la tension qui règne autour de la famille d’Alex et d’un traumatisme qui devient trop énorme pour ne pas exploser. Le personnage d’Alex contraste astucieusement avec ce rythme que l’on pourrait qualifier de lent, mais pas dans le sens négatif du terme. Il veut tellement savoir ce qui a provoqué la disparition de son frère qu’il se met en danger et n’hésite pas à aller jusqu’au bout pour le découvrir. Pour ce faire, il se rapproche de sa cousine Lili.

Frédéric Siuen (Alex) et Xin Wang (Lili) composent un duo électrique mu par une sorte de folie et dans lequel il est même question de braver certains interdits moraux. L’un et l’autre sont convaincus par les rôles qu’ils ont a défendre et cela donne son côté assez fascinant au film. Il ne faut pas oublier le reste du casting comme Marianne Basler qui campe admirablement une mère dépassée par les événements et exaspérée par la veillée funéraire, et Bing Yin qui incarne le père, personnage très touchant qui joue les durs face à son passé traumatique.

Ce premier long métrage est vivement conseillé car ce sont les débuts d’un jeune cinéaste d’origine fribourgeoise prometteur qui a convaincu un producteur suisse, PS Prod de le suivre dans cette aventure. Et le résultat prouve qu’ils avaient tout à fait raison d’y croire.

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