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Chez nous

 
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Avec Chez nous, Lucas Belvaux prend le pouls, déjà en mode d’hypertension, de la montée du fascisme ordinaire et fier de son ton que l’on qualifie très stupidement de décomplexé ou de politiquement incorrect. Son constat fait froid dans le dos mais s’avère indispensable en cette époque de déni total.

Ce film sec et tranchant suit le parcours de Pauline, une infirmière à domicile mère de famille qui accepte de représenter le parti d’extrême droite dans sa ville du Nord de la France, poussée par son mentor professionnel, le Docteur Philippe Berthier. Tout ce que Pauline connaît de la politique se résume au passé de militant syndicaliste de son père, ancien métallurgiste. Elle s’engage dans cette mésaventure de manière assez naïve et utopiste, mais n’est pas complètement dupe et connaît ses limites. Elle représente une grande partie de celles et ceux qui s’apprêtent prochainement à voter extrême droite sans réelle conviction, par pur esprit tordu et dangereux de contradiction, par un ras-le-bol qu’ils sont incapables de définir, par une paresseuse mise en veille de leur intellect au profit du sournois émotionnel, par lâcheté tout simplement.

Pauline est à elle seule la diversité de tous ces électeurs inconscients et envoûtés par un discours populiste des plus vulgaires qui risque bientôt de donner carte blanche à la pire engeance du pays. Avec une très grande justesse, Lucas Belvaux lui fait croiser d’autres personnes symbolisant chacune une attitude que l’on peut croiser quand on s’attaque à un tel sujet. Certains essaient de mettre en garde Pauline et sont même de farouches résistants à cette recrudescence totalement impardonnable d’une peste très brune. Mais elle fraie aussi dangereusement avec la branche la plus radicale du parti, celle qui n’hésite pas à passer à l’acte, en renouant avec une ancienne connaissance d’enfance.

Chez nous prend en compte tous les aspects qui expliquent la très tragique situation de la percée du fascisme, en les attribuant aux personnages. Dans le rôle de chef de parti, Catherine Jacob parvient, en peu d’interventions, à camper une femme froide, administrative, mauvaise perdante et avide de pouvoir, avec un naturel déconcertant. André Dussollier personnifie à merveille le marketing sournois de la faction politique qui pousse Pauline à sympathiser. Lucas Belvaux a confié la lourde tâche d’incarner le bras armé de la formation à Guillaume Gouix qui jongle admirablement pour ne pas faire tomber son personnage dans la caricature. Et finalement, dans le rôle de Pauline, Emilie Dequenne force le respect grâce à son jeu tout en nuance parsemé ponctuellement d’éclats, suivant son interlocuteur ou l’événement qu’elle doit affronter.

On préférerait qu’un film comme Chez nous n’existe pas, mais l’urgence de la dangerosité de la situation le rend indispensable. Lucas Belvaux se sert de son art pour mettre en garde et il signe une oeuvre politique forte, inconfortable, actuelle. Et c’est là l’un des innombrables mérites de l’immense diversité que peut offrir le cinéma.

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