Critique

Cinquante nuances plus sombres

 
Critique par |

Qu’est-il donc arrivé au réalisateur du génial At Close Range (Comme un chien enragé) pour que James Foley accepte de participer aux deux derniers épisodes de cette trilogie prodigieusement ennuyeuse?

Combattre l’ennui par un ennui encore plus grand, cela devait être le plan marketing (en tout cas pas artistique) de Madame E L James. Et cela a marché car la chose a été vantée et vendue pour son côté subversif et uniquement en rapport à ses passages hétérosexuels sado-maso explicites. Comme le livre est un succès mondial, il faut forcément surfer sur la vague du phénomène est en faire un film, qui dès lors, n’est que le produit dérivé de la trilogie romanesque. Mais, comment peut-on trouver de l’intérêt dans cette romance érotico-perverse et terriblement larmoyante, en tout cas pour ce deuxième opus cinématographique?

Il n’y a rien de plus ennuyeux que de suivre ces deux héros, qui méritent l’une et l’autre l’Oscar de l’interprétation la plus lisse, dans leurs problèmes de gens très aisés qui s’ennuient et jouent autant physiquement que mentalement sur le rapport malsain de la domination. Dans ce second volet, sachant Christian amoureux d’elle, Anastasia en profite pour grimper l’échelle sociale, tout en se convainquant que cela est dû à son talent, et non à l’influence de son amant. C’est elle qui devient la dominante, mais comme elle est très sournoise et pour parvenir à satisfaire son ego qui devient insupportablement rébarbatif, Anastasia continue à faire croire à Christian qu’il est toujours le maître au lit. Elle joue donc les dominées. Pour montrer visuellement la différence de cette situation entre les deux premiers films, James Foley (réalisateur d’un film génial en début de carrière avec At Close Range) transforme les coups de cravache au ralenti en fessées en temps réel, afin de faire comprendre que l’on n’est plus dans le fantasme.

Et son long métrage est bourré ras le string de lourdeurs de ce genre, comme une bande-son pénible en ce qui concerne les chansons tirées de ce que la soul actuelle est capable de produire sans vergogne artistique ou une interprétation catastrophique où l’on ne sait jamais si les comédiens jouent sérieux ou s’ils croient qu’ils sont dans une parodie. Qu’est-ce que l’on peut s’ennuyer à la vision de ce deuxième opus qui se termine comme un très mauvais épisode d’une série télé qui tenterait vainement, dans son plan final, de relancer la suite qui sortira l’année prochaine à la même période et marquera enfin la fin du calvaire.

En savoir plus sur Remy Dewarrat