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Jackie

 
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Voir Jackie de Pablo Larraín, c’est entrer dans l’esprit d’une femme en pleine confusion, le temps d’une séance de cinéma où tout est impeccablement réuni pour constituer un moment d’art mémorable.

Noah Oppenheim, qui a signé au sein d’un trio de scénaristes les adaptations de The Maze Runner (Le Labyrinthe) et Allegiant (Divergente 3: au-delà du mur), livre ici son premier script original et en solo. Il conte, à travers une interview, quelques moments clés de la vie de Jackie Kennedy: sa première visite guidée de la Maison Blanche pour la télévision, l’attentat qui coûta la vie à son mari, la préparation des funérailles, son départ de la Maison Blanche. De ce matériel écrit, Pablo Larraín tire un film  fascinant par sa richesse visuelle, sa construction narrative et l’interprétation irréprochable d’une Natalie Portman dans en état de grâce qui fera date.

Tourné en 35mm dans un format 1,66 et 1,33 pour certaines scènes, Jackie bénéficie de la remarquable photographie de Stéphane Fontaine dont on avait pu admirer le talent sur Captain Fantastic et Elle, l’année dernière. L’image très carrée de ce film est un choix judicieux car, non seulement elle renvoie directement au format de la télévision, grand témoin de l’époque, mais elle permet aussi au réalisateur de refuser toute ouverture à ses protagonistes, par une sorte de confinement, particulièrement maîtrisé dans le cadrage. Le montage de Sebastián Sepúlveda, déjà responsable de El Club de Pablo Larraín, transcrit parfaitement l’état de confusion dans lequel se trouve Jackie Kennedy. La musique de Mica Levi (Under the Skin) fonctionne comme si elle cherchait à trouver un semblant d’équilibre dans ce chaos, sans vraiment y parvenir et le résultat, à la limite de l’harmonie, est admirable.

Et à ces qualités, il faut rajouter l’apport de Natalie Portman dans le rôle titre. Elle est époustouflante. Elle traduit parfaitement ce qu’il peut bien se passer dans la tête d’une femme qui doit se remettre d’un traumatisme et remplir des tâches purement matérielles et administratives en même temps. Il faut la voir errer confusément dans les couloirs, encore maculée du sang de son mari, ou devoir s’imposer auprès de sa belle-famille et les instances politiques quant à l’endroit où ce dernier doit être enseveli. Elle force l’admiration, du début à la fin.

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