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La Bataille du Gripen

 
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Ces neuf mois de tournage autour de la votation sur l’acquisition du Gripen par le peuple suisse permettent à Frédéric Gonseth de nous livrer le résultat de son auscultation du système démocratique helvétique. Didactique, mais pas trop, La Bataille du Gripen s’immisce astucieusement au coeur de la politique suisse.

Pour comprendre comment les Suisse réagissent émotionnellement lors d’une votation, Frédéric Gonseth s’est intéressé à un objet qui touche à l’armée, une des valeurs suisses par excellence. On assiste donc à un reportage de «guerre» qui oscille en parallèle entre les deux camps: ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, sans oublier les ni pour, ni contre, bien au contraire. On plonge au centre d’un combat où la victoire se joue uniquement sur l’émotionnel, oubliant totalement l’intellect, ce qui est devenu l’arme favorite des partisans à tendance fascisante.

Frédéric Gonseth joue le rôle de la neutralité en approchant les deux adversaires de ce conflit politique, sans prendre parti pour l’un ou l’autre camp. On découvre que tout n’est pas à jeter chez les uns comme chez les autres. Et comme une votation n’est pas un long fleuve tranquille, La Bataille du Gripen est ponctué de coups de théâtre, comme dans tout film à suspense qui se respecte. Le long métrage montre aussi comment les médias ont traité ce cas en suivant les rebondissements qui ont émaillé la campagne. C’est l’un des points fort du film: s’intéresser à tout ce qui intervient dans ce processus unique au monde.

Et il y a le côté comique de l’affaire, quand le réalisateur surprend une parole ou une mimique de l’un ou l’autre des belligérants et certaines absurdités tellement énormes que l’on peut les classer dans le folklore du pays et les définir comme des clichés, pas si clichés que ça, d’une partie de sa population. Avec La Bataille du Gripen, Frédéric Gonseth a le très grand mérite de nous faire voir que le système politique helvétique est tellement tarabiscoté qu’il en devient comique, sous forme d’absurde, voire de grotesque. Est-ce vraiment rassurant?

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