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Rock'n Roll

 
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Sept ans après le difficilement supportable Les Petits Mouchoirs, Guillaume Canet signe son anti-thèse avec un Rock’n Roll iconoclaste, désinhibé et joyeusement excentrique mais pas que, car c’est aussi une réflexion très pertinente sur l’univers du paraître.

Guillaume Canet est en plein tournage d’un film où il interprète un pasteur, père d’une jeune femme: un drame qui a l’air sérieux. Lors d’une interview, l’actrice qui joue sa fille à l’écran déclare que Guillaume n’est plus rock’n roll si on le compare à des acteurs comme Gaspard Ulliel ou Pierre Niney. Cette phrase frappe son partenaire comme un électro-choc et, dès lors, Guillaume, qui se sent humilié, va se plonger dans une nostalgie débridée sur les traces d’une jeunesse dont la page a déjà été tournée. On appelle cela la crise de la quarantaine. Il commence gentiment à n’en faire qu’à sa tête et n’écoute plus personne, ni son ami Gilles Lellouche, ni sa femme Marion Cotillard qui s’exerce à son prochain rôle dans un film de Xavier Dolan, en ne parlant que québécois à la maison.

Dans Rock’n Roll, Guillaume Canet y va à fond et signe un film inclassable dans lequel on rit énormément grâce à des situations souvent énormes, écrites dans un canevas comique remarquable, tout en étant foncièrement surpris par le côté méchamment radical de l’oeuvre. Cette dernière comporte des moments mémorables de drôlerie, mais l’auteur Guillaume Canet n’oublie jamais que son personnage s’engouffre dans une détresse et qu’il se trouve en position de déni. La scène géniale de l’engueulade avec ses producteurs Alain et Yvan Attal, qui lui reprochent de saborder le film sur le pasteur, est un magnifique exemple du ton particulier de Rock’n Roll.

Dans ce rôle, Guillaume Canet explose de folie. Il faut le voir s’attifer avec des vêtement plus que ringards et trop petits. Il ne recule devant aucun sacrifice pour incarner cet homme qui commence une dégringolade de manière hilarante, mais de plus en plus inquiétante pour son entourage et lui, mais s’en rend-il bien compte?

Rock’n Roll possède un rythme d’enfer. Les répliques fusent. Le casting complet opère à merveille. On sent que tout le monde s’est donné pour le film grâce à l’enthousiasme communicatif de son chef d’orchestre que l’on ressent à chaque seconde. Non seulement, on a droit à certains des moments les plus désopilants vus sur un écran en ce début d’année, mais on sort aussi de la salle agréablement déstabilisé par ce film très personnel qui s’avère finalement être une farce crue vivement recommandée sur le narcissisme d’une époque de moins en moins identifiable ou identifiée.

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