Critique

Mountain

 
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Ce premier long métrage de Yaelle Kayam dépeint la solitude de Tziva, jeune juive orthodoxe, mère dévouée et épouse délaissée.

Le grand cimetière de Jérusalem, que borde la petite maison de Tziva, sur le mont des Oliviers, va devenir le terrain d’exploration de la jeune femme qui se morfond, frustrée par un mari triste, absent et négligent envers ses quatre enfants. Unique échappatoire: une balade quotidienne dans cet immense désert de pierres, un recueil de poésie à la main. Alors que ses virées deviennent nocturnes, l’ennui et la solitude l’accablant de plus en plus, elle est, une nuit, témoin d’une scène de sexe. Troublée, elle revient à maintes reprises sur les lieux pour découvrir qu’un petit groupe d’hommes et de femmes se réunit chaque soir dans un coin du cimetière pour boire et passer le temps. La fascination voyeuriste de Tziva pour ces personnages aux comportements en tout point contraires à ses valeurs, se métamorphose, une fois tolérée par le groupe, en un malaise teinté d’abnégation. Au carcan du foyer le jour, rempli de rituels religieux, d’insatisfactions et de sacrifices, s’ensuit la tentation de la transgression la nuit. 

Tout en restant sobre et minimaliste, le film acquière un rythme répétitif annonciateur d’une révolte longtemps étouffée. L'infinie étendue de ces pierres tombales cache une prison sans issue. C’est aussi un lieu de carrefour des religions; son gardien est palestinien, et il se trouve être la seule personne à se confier à Tziva qui, elle, reste prudente. Dans une parfaite maîtrise du temps narratif et une subtile manipulation des attentes du spectateur, la réalisatrice parvient à rendre palpable toute la complexité des sentiments de son héroïne. On s’attache d’ailleurs facilement à cette femme à qui on pourrait tout pardonner grâce au talent de la sublime Shani Klein. Un portrait déchirant d’une femme prête à user de tous les moyens pour reprendre le contrôle de sa vie.

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