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L'Ordre divin

 
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L'Ordre divin a été ovationné à la soirée d’ouverture des 52èmes Journées de Soleure le 19 janvier. Rarement une émotion si intense n'a été perçue lors de l’ouverture du festival même en présence de l’équipe du film. Il faut dire que la scénariste et réalisatrice italo-suisse, Petra Volpe traite d’un sujet grave et pas si ancien que cela, touchant les femmes de notre pays.

Un sujet hautement historique pour la Suisse: en 1971 les hommes doivent voter afin de donner l’autorisation ou non, à la gent féminine, le droit de pouvoir voter. Oui, deux ans après le premier pas de l’homme sur la lune, les femmes n’ont pas encore le droit de vote dans notre cher pays.

On aurait pu avoir droit à un documentaire de plus sur le sujet, un documentaire froid mais au combien intéressant comme savent le faire nos cinéastes réputés pour ça dans le monde entier. Mais c’était sans compter sur le talent de Petra Volpe qui écrit un scénario à la fois touchant, émouvant et comique sur un thème pourtant très sérieux.

Elle transporte l’histoire dans un petit village d’Appenzell où vit Nora (Marie Leuenberger) , une jeune mère au foyer. Elle mène une paisible vie et est aimée de tous au village. Son mari, Hans (Max Simonischek), vient de recevoir une promotion dans la scierie du village et va bientôt partir faire son service militaire.

Nora va tomber sur des tracts et de la propagande concernant la future votation. Aidée d’une amie, Vroni (Sibylle Brunner), la voilà qui s’engage publiquement pour le droit de vote des femmes et va déranger "L’ordre divin".
Car c’est bien connu, tant que madame reste au foyer, fait son travail de mère de famille et laisse le mari décider des "bien faits" du couple et des enfants, tout va bien, mais…

Dans son périple de transformation, Nora va découvrir avec ses amies, la grande ville et les joies de l’émancipation féminine physique et psychique et faire des découvertes sexuelles dans une scène désormais culte filmée tout en retenue et émotion, malgré la gêne de la situation.

Et c’est ce qui fait la grande force et l’attrait de ce film et son scénario. Tout pourrait être dur et pas facile pour Nora. Mais la réalisatrice a choisi la voie de la comédie pour, osons le dire, faire passer la pilule. Et la chimie va fonctionner. La scène culte, les moments pas faciles, le combat de Nora, la grève des femmes du village retranchées dans un ancien restaurant nous transportent dans un moment d’intense émotion, de tendresse et de rires à la fois.

Et les images sont fortes, comme celle du gros plan en recul sur des mains qui étalent la pâte à gâteau avec un rouleau, pour faire découvrir que c’est Hans qui s’est affublé d’un tablier de cuisine par obligation, en l’absence de sa femme.

Un grand moment historique de notre cher pays à découvrir au cinéma avec bonheur et joie de vivre.

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