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Silence

 
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La foi et ses conséquences sont au coeur du dernier film de Martin Scorsese et le silence sert de garde-fou au bruit désagréable que cette dernière à tendance à émettre pour se disperser. Avec La Dernière Tentation du Christ, Il signe là son oeuvre la plus humainement impressionante.

Silence commence par un noir conséquent accompagné du son de la nature: pluie, vent, insectes, oiseaux, etc. Le titre surgit, et avec lui un silence tellement implacable qu’il en devient palpable. La première scène, un supplice à l'eau bouillante pratiqué sur des Chrétiens japonais vu par un Jésuite portugais, illustre le contenu de la lettre que le Père Valignano (Ciarán Hinds) lit à deux prêtres, Sebastião Rodrigues (Andrew Garfield) et Francisco Garupe (Adam Driver). C’est la dernière missive envoyée du Japon par le Père Cristóvão Ferreira (Liam Neeson) au Portugal. Le Père Valignano leur annonce qu’il pense que Ferreira a apostasié depuis son dernier courrier. Tout comme Thomas ne voulant pas croire au Christ ressuscité sans le voir, Rodrigues et Garupe refusent catégoriquement de se fier à cette supposition et décident de se rendre en Extrême Orient. Pleins d’un enthousiasme dû un peu à la naïveté de leur jeunesse et d’une foi inébranlable, ils quittent leur convent convaincus de la réussite de leur mission, en descendant un escalier immaculé dans un silence lourd de conséquences.

Silence est un film fascinant pour son récit d’un chemin initiatique et sa mise en scène entièrement vouée au point de vue de son réalisateur, depuis sa première lecture du roman de Shûsaku Endô il y a bientôt trente ans. A la vision de son oeuvre, on sent qu’il a pris le temps pour parvenir enfin à proposer son adaptation dans un long métrage d’une très grande richesse. Il y a par exemple une astuce qui intègre autant la mise en place des comédiens que le montage, toujours judicieusement confié à l’oeil  aguéri de Thelma Schoonmaker, dans une scène de grotte, quand Rodrigues et Garupe accostent les côtes du Japon qui a banni la Chrétienté et persécute ses adeptes. Ils sont seuls. Ils viennent d’être débarqués et attendent que l’on vienne les chercher. C’est la première des nombreuses entorses à leur enthousiasme du début. La caméra jongle avec les axes et cela donne une séquence assez étrange, comme s’il s’agissait d’une mise en garde à l’endroit des deux prêtres, d’une tentative de leur faire reprendre leur place et ne pas céder au chaos qui va suivre. Car voilà, leur foi et leurs principes vont être mis à rude épreuve.

Quand on évoque la foi, son double démoniaque, la violence, n’est jamais très loin, à moins qu’elles ne soient que les deux extrêmes d’un tout: la religion sous toutes ses formes. Le silence possède la même dualité: il peut être la sérénité-même et le pire des tourments. Scorsese lui rend honneur à plusieurs reprises dans son long métrage. Il y a par exemple très peu de musique de fosse ou alors travaillée de manière peu ordinaire et conventionnelle, afin de parvenir à une piste sonore à part entière. Silence est l’arène dans laquelle se battent la foi et la violence, avec le silence pour arbitre. On passe de l’une à l’autre par un effet de montage, un plan visuel, un effet sonore, une parole, une attitude, une couleur, une plaie ouverte. C’est un véritable champs de bataille et le spectateur n’est à aucun instant mis à l’écart. Et, à certains moments, le silence s’impose dans de sublimes interventions. 

Dans un ultime plan d’une essence cinématographique pure, Martin Scorsese résume magistralement sa pensée. La croyance, la foi, la spiritualité, quel que soit le substantif que l’on utilise pour la qualifier, n’a de valeur que si elle est vécue de manière intime, voire cachée ou secrète: vouloir à tout prix l’étaler au grand jour procède de l’égocentrisme ou du prosélytisme le plus indécent et se paie tôt ou tard.

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