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Miséricorde

 
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Basé sur un roman non publié de Pierre-Pascal Rossi, Miséricorde de Fulvio Bernasconi est une très belle oeuvre qui se penche sur la culpabilité et la rédemption à travers la mort d’un enfant. Aidé par Antoine Jaccoud au scénario, le réalisateur maîtrise son sujet et livre un film à l’âpreté tangible.

Apparemment en villégiature dans un coin perdu du Québec pour taquiner les poissons de rivière, Thomas Berger (Jonathan Zaccaï), ressortissant genevois, retarde son retour en Suisse afin de résoudre une affaire qui émeut la communauté locale. Le jeune Muk, un Indien âgé de treize ans vient de mourir après avoir été renversé par un camion qui a pris la fuite. Thomas promet de retrouver le fautif à sa mère qu’il connaît pour être la femme de ménage de son chalet de vacances. Mais, la police mène son enquête elle aussi et l’oncle de Muk, John, touché dans son orgueil, que l’on pourrait qualifier de tribal, est résolu à rendre justice à son neveu.

Comme les autochtones de cette région à la rudesse palpable et la police d’Etat, on se demande quelles sont les motivations de cet étranger à vouloir s’occuper d’une affaire qui, à priori, ne le concerne en rien. Ce personnage est l’un des nombreux points forts du film: on le découvre et le cerne petit-à-petit par touches subtiles. Il fait office de guide au spectateur dans cet univers en décrépitude où l’alcool et devenu le palliatif indispensable à la misère d’une communauté qui a été dépossédée de tous ses biens, autant matériels qu’immatériels, pour ne pas dire de sa culture et de son âme.

Grâce à une mise en scène sèche qui ne s’égare dans aucun palabre esthétisant et à une interprétation sans faille de l’ensemble d’un casting hétéroclite, Miséricorde nous expose sans fioritures un monde où l’injustice est devenue reine d’un peuple contrit par l’orgueil et l’intolérance d’un autre. Judicieusement dépourvu de tout manichéisme, ce long métrage remarquable ne se permet aucunement de juger ses protagonistes, en leur donnant une ampleur et une présence des plus dignes, grâce à une écriture et une interprétation qu’il faut saluer avec les honneurs qui leur sont dus.

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