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Il a déjà tes yeux

 
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Avec son quatrième long métrage, Lucien Jean-Baptiste se joue des clichés essentiellement sociaux et familiaux dans une comédie franche et sincère. Secondé par un casting haut en couleurs, il parvient à amuser sans arrière-pensée, tout en interpellant sans prétention.

«Il a déjà tes yeux»: c’est la phrase que dit Paul Aloka (Lucien Jean-Baptiste) à sa femme Salimata (Aïssa Maïga) quand ils découvrent l’enfant qu’ils viennent d’adopter. Benjamin est blond au yeux bleus. Ses parents sont noirs. Cette situation extraordinaire contraste avec la tendance inverse plus classique qui veut que l’on confie un enfant de couleur à des parents de type caucasien. Tout le film joue avec bonheur sur cette base dont il ne s’éloigne jamais. Au sein même du service de l’ASE, Mme Mallet (Zabou Kreitman) est sceptique quant à la réussite de cette adoption qu’elle juge comme une erreur de la part de son employeur. Elle fera tout pour trouver une faille et se donner raison en exagérant les visites à l’impromptue par exemple.

Tout le film de Lucien Jean-Baptiste va à l’encontre des préjugés qui ont la dent dure et qui sont très souvent infondés par une croyance mortifère et un refus total de la différence. Son couple fictionnel est traité de manière simple. Ces jeunes parents ne sont pas des héros seuls contre le système et ses dérives, mais des gens ordinaires qui ne veulent que leur biens et celui de leur nouvel enfant. Les clivages sont autant administratifs, et l’on sait combien les procédures peuvent être kafkaïennes, que familiaux avec ses traditions ancestrales qui n’ont souvent pour la plupart du temps plus de raison d’être.

Il est réjouissant de constater que ce film, à la fois charmant et porteur d’un message juste et intelligent, soit plébicité en tenant, lors de sa sortie française, le haut du box-office face à un héros gonflé de testostérone et une histoire de gangsters dans la plus pure tradition hollywoodienne, à savoir bénéficiant d’une campagne marketing surdimensionnée.

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