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Voyage à travers le cinéma français

 
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En avant-goût de cette nouvelle cuvée 2017, il serait fort dommage, pour tout cinéphile qui se respecte, de manquer le départ de ce Voyage à travers le cinéma français, sous la lorgnette d’un guide des plus avertis, Bertrand Tavernier.

Hommage à ces auteurs, acteurs, compositeurs et techniciens du film (hormis Agnès Varda, les femmes restent, au sein ce premier opus, dans l’ombre) qui ont tant participé à la formation du réalisateur de Coup de Torchon (1981), ce documentaire présente un foisonnement d’extraits de films, d’anecdotes et de documents d’archives : un « acte de gratitude » sûrement, mais aussi, on s’en doute, un désir de partage de la part de cet amoureux du cinéma. 

Rappelons que ce n’est pas la première fois que Bertrand Tavernier affiche sa passion pour l’histoire du cinéma. Il s’essaie même à la fiction historique avec Laissez-passer (2002) qui déterre tout un pan de l’histoire du cinéma français. Librement inspiré des souvenirs de Jean Devaivre, cinéaste, et Jean Aurenche, scénariste, cet exercice très délicat – par sa thématique mais surtout par l’angle choisi, celui de la fiction – évoquait déjà non seulement le désir de raviver une certaine période du cinéma français (celle, très épineuse, de l’Occupation avec l’implantation de la Continental-Films à Paris) mais aussi de ressusciter les acteurs de cette période de bouleversements. 

«Je suis un enfant de la Libération et de la Cinémathèque», nous précise avec émotion Tavernier en prémices de ce fabuleux retour dans un passé qu’il a lui-même bien connu. Les premiers chocs cinématographiques de sa carrière de cinéphile nous sont alors dévoilés, puis placés sous sa loupe critique pour une brève analyse esthétique. Le réalisateur tisse des liens entre ses souvenirs, les images et les lieux (se souvenant de la salle où il a pu voir tel ou tel film). Jacques Becker, Jean Gabin, Marcel Carné, Jean Vigo, Maurice Jaubert… Sans chronologie aucune, d’un thème à l’autre, la voix off se balade sur ses images, s’arrête sur un aspect particulier (musique, scénario, mise en scène…), passe à une anecdote croustillante, puis continue avec un souvenir précieux ou une réflexion sur sa propre carrière. Tavernier jongle avec ces documents d’archives dans un rythme léger et précis, en évitant de sombrer dans l’analyse trop pointue, la nostalgie sirupeuse ou l’hagiographie pompeuse. 

Le spectateur sera heureux d’apprendre, à l’issue de ces trois heures de voyage émouvantes, que Voyage à travers le cinéma français n’est que la première étape de l’épopée intimiste et grandiose que nous concocte avec humanité cet intarissable conteur qu’est Tavernier. Véritable morceau du patrimoine cinématographique français offert par l’un de ses créateurs, cet opus est à découvrir rapidement dans les quelques salles romandes qui ont osé parier sur la curiosité des spectateurs peu cinéphiles.

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