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Let The right one in

 
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Depuis quelques semaines, les vampires ont la cote auprès des jeunes grâce au produit formaté qu'est «Twilight», suite de clichés éhontés sur le mythe du suceur de sang humain. Aujourd'hui, tout droit venue de Suède nous arrive l'antithèse de ce soap moralisateur, le superbe «Morse» de Thomas Alfredson. Ici, point de romantisme guimauve moralisant, mais une histoire forte comme la vie peut l'être parfois. En se basant sur une relation entre deux êtres en marge, le cinéaste explore attentivement le passage critique de l'enfance à l'adultisme avec tous les maux et les joies qui peuvent marquer cet instant très important dans l'existence d'un humain. Il écarte d'abord le sempiternel coup de foudre artificiel qui plombe nombre d'histoires contemporaines pour s'attarder sur une vraie relation qui naît petit à petit et qui se nourrit de la curiosité que les deux protagonistes principaux éprouvent l'un pour l'autre, une histoire d'amour forte et réaliste où l'horreur sert d'échappatoire à un monde cruel et intransigeant pour les êtres au bord de la société qu'on veut leur imposer.

Visuellement le film est une merveille. Filmé en hiver et de nuit la grande majorité du temps, «Morse» regorge de scènes plus sublimes les unes que les autres. Les séquences gores sont là pour évoquer l'extrême violence de la condition de vampire et la cruauté des hommes envers eux-mêmes. Et, contrairement au produit mormon cité plus haut, ce chef-d'oeuvre aborde la sexualité de ces êtres de la nuit qui nous fascinent depuis leur création, dans une scène magnifique montrant que la jeune vampire n'est pas faite physiologiquement pour le sexe. Thomas Alfredson joue la carte du réalisme grâce à une subtilité scénaristique intelligente qui confond les proies des descendants de Nosferatu avec les victimes d'un éventuel tueur en série. Il ne s'écarte jamais de la colonne vertébrale de son récit en focalisant toute l'intrigue sur l'histoire d'amour entre ces deux jeunes perdus dans une existence qu'ils ne parvenaient pas à maîtriser avant de s'allier. Il bénéficie de la présence de deux jeunes comédiens exceptionnels dont la présence illumine tout le film, d'une photographie exemplaire en cinémascope et d'une musique à cent lieues des effets classiques tonitruant accompagnant régulièrement les films de vampires actuels.

Quand le cinéma dit de genre, nous offre de telles merveilles, il nous invite dans un univers personnel qui n'est autre que le miroir de la société libérale qui phagocyte sans état d'âmes tous ses parias, tous ceux qui refusent de se fondre dans le moule qu'elle voudrait imposer.

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